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27/01/2017 10:15 EST | Actualisé 27/01/2017 10:18 EST

Trump veut taxer les importations mexicaines à 20% pour payer son «mur», mais les Américains paieront cher

"Le Mexique paiera le mur, d'une manière ou d'une autre". Donald Trump n'a eu de cesse de le répéter pendant sa campagne présidentielle et n'a pas flanché depuis qu'il est arrivé au pouvoir le 20 janvier: il veut renforcer la séparation physique entre les États-Unis et le Mexique sans que cela ne coûte quoi que ce soit à son pays.

Comment? Aucun détail précis n'a jamais été fourni par le milliardaire ou ses équipes. Ni sur la manière de contraindre son voisin à régler la facture d'un mur dont il ne veut absolument pas, ni sur le financement de cette mesure phare que la Maison-Blanche devrait avancer avant de trouver un moyen de se faire rembourser.

Alors que les tensions montent entre le Mexique et les États-Unis, le porte-parole de la Maison-Blanche a choisi de présenter ce jeudi 26 janvier une mesure pour répondre au problème. À bord de l'avion présidentiel Air Force One, Sean Spicer a évoqué la mise en place d'une taxe de 20% sur les produits importés depuis le pays voisin.

"En faisant cela, nous pouvons récolter 10 milliards de dollars par an et facilement payer le mur grâce à ce seul mécanisme", a-t-il déclaré. Efficace sur le papier, mais bien plus problématique dans les faits.

Les Américains règleront la note au final

Premier hic dans ce plan: le coût final de cette taxation reposera non pas sur les Mexicains, mais les consommateurs américains, s'inquiètent beaucoup nos voisins du Sud. Cet impôt ne serait effectivement pas collecté auprès de la population, mais des entreprises qui vendent aux États-Unis ces produits fabriqués de l'autre côté de la frontière.

Peu de doutes sur le fait que les coûts supplémentaires, en partie tout du moins, seraient répercutés par ces entreprises sur le prix des produits vendus. Les Américains se retrouveraient donc à payer la différence. Comme le montre l'Observatory of Economy Complexity, l'impact ne serait pas minime. Les États-Unis importent en effet nombre de produits fabriqués au Mexique: ordinateurs, écrans, téléphones, voitures, légumes...

L'idée d'une taxe sur les importations a immédiatement provoqué l'inquiétude et la consternation chez les anti-Trump comme chez certains républicains à l'instar des sénateurs Ben Sasse et Lindsey Graham - candidat malheureux des primaires. "Les tarifs douaniers sont une taxe sur les familles américaines", a estimé le premier alors que le second n'y est pas allé par quatre chemins: "pour faire simple, toute loi qui entraînerait la flambée des prix de la Corona, tequila ou des margaritas est une mauvaise idée".

D'ailleurs, plusieurs ont réagi à son tweet en disant par exemple à la blague : "L'avocat est le nouveau caviar".

Un jeu dangereux pour l'économie des deux pays

L'autre inquiétude face à ce genre de mesure est d'une dimension tout autre. Comme l'a aussi signalé Lindsey Graham, une taxe comme celle-ci pourrait être à double tranchant pour les États-Unis. "Le Mexique est le 3e plus grand partenaire économique des États-Unis. Tout tarif douanier que nous pouvons imposer, le Mexique peut en faire de même. C'est une énorme barrière à la croissance économique".

Si l'économie mexicaine est ultra dépendante des États-Unis car ces derniers représentent près de 75% de ses exportations, l'inverse est aussi vrai. Les chiffres sont très largement inférieurs, mais tout de même: 13 % des importations de Washington viennent de Mexico (3e plus grand partenaire, donc) et 13% des exportations de Washington partent à Mexico (2e plus grand partenaire dans ce sens).

Devant les réactions, le porte-parole de la Maison-Blanche est revenu sur ses propos quelques heures plus tard et affirmé qu'il s'agissait là seulement d'une proposition parmi d'autres pour financer le mur voulu par Donald Trump et dont un décret signé la veille a d'ailleurs donné le coup d'envoi - symbolique pour l'heure - à sa construction.

Mesure choisie ou encore à l'étude. Des républicains se sont en tout cas empressés de dire que la proposition de Donald Trump s'inscrivait dans un grand projet de réforme fiscale prévu pour 2017 et qu'il n'était en fait pas question de taxer uniquement les produits importés du Mexique, mais que cela serait la conséquence de la remise à plat de la façon dont les entreprises sont taxées, qu'elles produisent aux États-Unis ou ailleurs.

Une refonte qui entamerait l'accord de libre-échange nord-américain (Aléna) que Donald Trump veut de toute façon renégocier. Entré en vigueur en 1994, cet accord de libre circulation de marchandises et de services entre Mexique, États-Unis et Canada a depuis permis la création de près de 40 millions d'emplois (dont 25 millions aux États-Unis). La suppression des tarifs douaniers a dans un même temps fait exploser les échanges commerciaux entre les trois pays, mais aussi aggravé les déséquilibres entre Mexico et Washington.

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