POLITIQUE
27/01/2017 09:42 EST | Actualisé 28/01/2017 09:20 EST

Chefferie du Parti conservateur: l'abolition de la gestion de l'offre divise les partisans de Maxime Bernier

QUÉBEC – La promesse de Maxime Bernier d’abolir la gestion de l’offre en agriculture dans le cadre de la course à la chefferie du Parti conservateur divise ses partisans. Les deux coprésidents de sa campagne électorale en 2015 ont même dû prendre leurs distances du candidat.

«Il ne m’en a jamais parlé, parce que, s’il m’en avait parlé, c’est sûr qu’on n’aurait pas été d’accord», lance l’ex-député adéquiste Janvier Grondin, qui a œuvré à titre de coprésident pour sa réélection aux élections fédérales de 2015.

Lui-même autrefois propriétaire d’une ferme laitière de 300 vaches, Janvier Grondin déplore cette prise de position de son ami. «Je ne suis pas contre Maxime Bernier, mais je suis contre cette proposition-là», précise Janvier Grondin. Il ne prévoit pas voter pour le Beauceron dans le cadre de la chefferie conservatrice, bien que sa décision ne soit pas arrêtée.

L’autre coprésident de la campagne de Maxime Bernier en 2015, Dany Quirion, a aussi dû se dissocier publiquement du candidat après qu’une photo le montrant à ses côtés ait été envoyée aux producteurs agricoles de sa région. Dany Quirion est maire de Saint-Honoré-de-Shenley, en Beauce, un petit village centré sur la vie agricole. Il est également employé de Valacta, une entreprise spécialisée en production laitière dont l'actionnaire majoritaire est la Fédération des producteurs de lait du Québec.

«Bien que Maxime Bernier demeure un ami personnel et que je partage plusieurs valeurs véhiculées par ce politicien de changement, ma position personnelle sur le modèle de commercialisation de la gestion de l'offre demeure inchangée, a-t-il déclaré à l’hebdomadaire local, L’Éclair Progrès. Je préconise le maintien de la ferme familiale et l'occupation du territoire par le principe de la gestion de l'offre contrôlant la production en fonction de nos besoins dans le but de maintenir l'autosuffisance alimentaire pour notre société.»

Maxime Bernier (Photo : PC)

Joint par Le Huffington Post Québec, Dany Quirion n’a pas souhaité expliquer sa sortie publique. «Je n’émettrai pas d’autres commentaires sur ça, d’aucune façon», a-t-il tranché, avant de raccrocher sans plus de formalités.

Conséquences importantes

La proposition de Maxime Bernier est simple : mettre fin «progressivement» aux quotas et barrières tarifaires dont bénéficient les producteurs de poulet et de produits laitiers. Le prix de ces aliments chuterait grâce à une concurrence accrue, mais la fin de ce système protectionniste risque également de pousser plusieurs petits producteurs à la faillite.

Lors de l’unique débat en français de la course à la chefferie à la mi-janvier, à Québec, un jeune militant arborant fièrement un chandail de l’équipe Bernier avouait être lui-même perplexe face à la question. Si bien, qu’il hésite à voter pour son candidat. «Je suis ici pour me faire une tête sur le sujet, disait Samuel Fillion-Doiron, de la région de Québec. Ça va dépendre à quel point les conséquences [de l’abolition de la gestion de l’offre] sont graves ou non.»

Même le coprésident de la campagne du Beauceron à la chefferie, le député conservateur Jacques Gourde, s’oppose à la mesure phare de son poulain. «J’ai toujours supporté la position de notre parti [de maintenir la gestion de l’offre]», souligne-t-il.

«C’est très émotif, j’ai beaucoup d’agriculteurs dans ma circonscription qui vivent avec ce système-là, explique le député de Lévis-Lotbinière, croisé au caucus conservateur qui se tenait à Québec cette semaine. L’abolir rapidement, ça causerait d’énormes problèmes. Si un jour ça arrive, je préconise une transition sur 15 ans avec un programme de compensations.»

D’ailleurs, l’élection de Maxime Bernier à la chefferie ne signifierait pas que l’abolition de la gestion de l’offre serait automatiquement incluse dans le programme conservateur, croit Jacques Gourde. «Ce sont les membres de notre parti qui vont décider au congrès de 2018», souligne-t-il.

Il voit tout de même des avantages, à long terme, si le Canada va de l’avant avec cette mesure. «Il y a des possibilités d’exportation, parce que, si la gestion de l’offre est abolie, il peut rentrer du lait ici, mais on peut aussi exporter du fromage, des yogourts et autres produits à valeur ajoutée», souligne Jacques Gourde.

Un pari audacieux

Pour Janvier Grondin, Maxime Bernier a fait un calcul politique. «La majorité du lait se produit au Québec et en Ontario. Dans l’Ouest canadien, il n’y a en a presque pas, rappelle-t-il. Je suis certain qu’il a lancé cette idée-là pour aller chercher des votes dans l’Ouest canadien. Mais il va en perdre ici, c’est sûr.»

Toutefois, les agriculteurs ne représentent qu’un faible pourcentage de la population, souligne Janvier Grondin. Et donc un poids négligeable au moment du vote.

Un partisan de Maxime Bernier, pro-abolition, convient lui aussi qu’il s’agit d’un «wedge issue» : une position qui polarise les membres. «C’est une des raisons pour lesquelles je l’appuie, dit Jean-Philippe Fournier, étudiant montréalais en économie. C’est un système dépassé et qui coûte cher en maudit à tout le monde.»

De plus, les pertes d’emplois dans le secteur agricole ne seraient pas aussi «catastrophiques» que l’annoncent certains, croit le jeune homme.

500$ par famille

Les doutes de ses partisans n’ébranlent pas Maxime Bernier, qui assure que «chez les membres conservateurs, il y a une grande majorité qui prône l’abolition de la gestion de l’offre».

Pour le candidat, il s’agit d’une mesure qui bénéficierait à tous les consommateurs canadiens. «Les prix vont baisser de moitié, ça va être bon pour les consommateurs, a-t-il expliqué en marge du caucus conservateur. C’est une économie de 500$ par famille au Canada.»

D'ailleurs, la renégociation de l’ALENA qui s’amorce avec la nouvelle administration Trump est l’occasion d’abolir ce système qu’il qualifie de «cartel», estime-t-il. Ce serait «un bon signe à donner aux Américains», en échange, notamment, d’un accès pour le bois d’œuvre canadien aux États-Unis. «On ne peut pas arriver à une table de négociation sans mettre quelque chose sur la table», dit-il.

Mais son ami Janvier Grondin a des doutes. En ouvrant le marché aux produits américains, le Canada devra abaisser ses standards de qualité pour demeurer compétitif, estime-t-il. «Si on veut avoir le même prix, dit l’ex-député fermier, il va falloir marcher sur les mêmes règles. C’est ce boutte-là qu’il va devoir éclaircir dans son affaire.»

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