POLITIQUE
23/01/2017 06:40 EST | Actualisé 24/01/2017 11:43 EST

Ambassade à Jérusalem: le Canada pourrait-il imiter les États-Unis?

« Le Canada devrait surveiller [la situation] de très près. »

OTTAWA – Le président américain Donald Trump n’a pas encore confirmé que son ambassade en Israël allait être déménagée dans la ville de Jérusalem que, déjà, des organisations juives se demandent si le Canada ferait de même.

« Le Canada, tout comme les alliés des États-Unis et d’autres pays à travers le monde, devrait surveiller [la situation] de très près. Les États-Unis sont une superpuissance et ont le potentiel de faire de grandes choses dans le monde », a déclaré Michael Mostyn, PDG de B’nai Brith, en entrevue.

« Avec un peu de chance, le Canada va aller de l’avant pour soutenir la paix et il n’y a pas de doute qu’à un moment donné, dans le futur, les ambassades du monde devraient être relocalisées à Jérusalem parce que ce ne sera pas controversé », a-t-il ajouté.

Richard Marceau, conseiller politique principal de CIJA, explique que son organisation réserve un « bon accueil à toute reconnaissance internationale » qui viendrait valider que Jérusalem est la capitale d’Israël.

Sean Spicer, le porte-parole du président Trump, a réitéré lundi lors d’une conférence de presse que le déménagement de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem en était encore au « stade précoce du processus de prise de décisions ».

«Ce serait non seulement un acte hostile envers les Palestiniens et les Arabes, mais ce serait un acte illégal.»

— Rachad Antonius, professeur à l'UQAM

Mais le futur ambassadeur américain en Israël, David Friedman, veut absolument occuper ses fonctions à Jérusalem. Il voudrait même travailler de là-bas et y vivre avant le possible déménagement de l’ambassade, selon des médias israéliens.

L’administration Trump risque toutefois de se buter aux limites du droit international s’il veut réellement remplir sa promesse électorale, prévient Rachad Antonius, spécialiste des questions du Proche-Orient à l’UQAM.

« Ni Harper ni Bush n’ont voulu déménager l’ambassade. Pourquoi? Parce que déménager l’ambassade à Jérusalem, c’est reconnaître le Jérusalem unifié comme capital d’Israël et c’est ça qui est contre le droit international. […] Ce serait non seulement un acte hostile envers les Palestiniens et les Arabes, mais ce serait un acte illégal. »

Le professeur précise du même souffle que le président Trump pourrait aussi décider d’outrepasser l’opinion des juristes américains et faire à sa tête. « Dans l’administration Trump, il y a beaucoup de gens qui sont plus à droite que Netanyahu lui-même, en termes d’appui à la colonisation. »

Le Canada reste muet

La nouvelle ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, ne s’est pas prononcée au sujet du déménagement de l’ambassade américaine. Sa porte-parole Chantal Gagnon a indiqué que la décision n’était pas officielle et que la ministre n’allait pas « spéculer » à ce sujet.

Rachad Antonius accuse le gouvernement Trudeau de calculer ses intérêts politiques en évitant de se mouiller. Les libéraux veulent ainsi préserver des intérêts « tant au niveau local, au niveau électoral qu’avec les Américains », selon lui.

« Même les libéraux sont sous pression, dit-il. La preuve? La ministre n’a pas voulu se prononcer. Si elle avait un petit peu de courage, elle aurait dit [aux Américains] : "Non, le droit international s’applique et nous allons – en anglais, elle aurait dit we beg to differ [nos opinions divergent]". »

« Tôt ou tard, les ambassades vont déménager à Jérusalem. Alors la question est la suivante : comment le faire d’une manière appropriée qui mène à une résolution pacifique? »

— Michael Mostyn, B’nai Brith

Richard Marceau, de CIJA, s’attend à ce que « le Canada fasse preuve de cohérence et de constance dans l’application des principes qui guident sa politique étrangère » en ce qui concerne le conflit israélo-palestinien.

« Si le Canada est d’avis qu’il doit éviter de reconnaître Jérusalem comme capitale de l’État d’Israël […], il doit aussi éviter de définir les territoires disputés comme étant des '‘territoires palestiniens occupés'’. Il ne peut y avoir qu’un seul standard en termes de "préjugement" », indique-t-il.

Michael Mostyn, de B’nai Brith, parle quant à lui du déménagement comme d’une « nécessité ». « Tôt ou tard, les ambassades vont déménager à Jérusalem, dit-il. Alors la question est la suivante : comment le faire d’une manière appropriée qui mène à une résolution pacifique? »

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