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22/01/2017 10:20 EST | Actualisé 23/01/2018 00:12 EST

Plus de 15.000 Roumains, dont le président, contre un projet de grâce

Plus de 15.000 Roumains, dont le président Klaus Iohannis, ont protesté dimanche dans plusieurs villes contre un décret qui permettrait à des hommes politiques d'échapper à des poursuites pénales, a constaté l'AFP.

"Des responsables politiques ayant des démêlés avec la justice veulent changer la législation et affaiblir l'Etat de droit", a déclaré M. Iohannis au milieu des quelque 10.000 manifestants rassemblés à Bucarest.

"Il est inadmissible de modifier la loi pour que les dossiers de dizaines, voire de centaines de politiques soient blanchis", s'est-il insurgé.

Le gouvernement social-démocrate de Sorin Grindeanu a publié mercredi deux décrets d'urgence en vertu desquels environ 2.500 détenus purgeant des peines allant jusqu'à cinq ans de prison seraient graciés, tandis que plusieurs infractions seraient dépénalisées.

"Pourquoi veulent-ils faire passer ces textes maintenant si ce n'est pour sauver des hommes politiques poursuivis ou déjà condamnés? Il faut les empêcher", a déclaré à l'AFP une manifestante, Liana Dumitrescu, 74 ans.

Elle a évoqué le cas du chef des sociaux-démocrates Liviu Dragnea, condamné à deux ans de prison avec sursis pour fraude électorale et accusé d'abus de pouvoir dans un dossier visant des emplois fictifs, qui pourrait figurer parmi les bénéficiaires.

A Bucarest, les protestataires se sont regroupés place de l'Université avant de se rendre devant le siège du gouvernement, en scandant "Démission" et "Démocratie, pas amnistie".

A Cluj (centre-ouest), ils ont été plus de 5.000 à accuser le gouvernement de vouloir "gracier les hommes politiques corrompus".

Environ 3.000 protestataires sont également descendus dans la rue à Sibiu, Brasov (centre), Timisoara (ouest) et Iasi (nord-est).

Le président de centre droit avait participé mercredi au Conseil des ministres afin d'empêcher l'adoption de ces deux textes, qui n'avaient pas été discutés au préalable avec le Conseil supérieur de la magistrature (CSM), comme l'exige la loi.

Le ministre de la Justice Florin Iordache a défendu ces projets, qui permettraient selon lui de désengorger les prisons.

Mais le CSM, le Procureur général Augustin Lazar, la cheffe du Parquet anticorruption (DNA) Laura Codruta Kovesi, la présidente de la Haute cour de cassation et de justice Cristina Tarcea ainsi que de nombreuses ONG ont dénoncé ces deux projets.

La Commission européenne, qui surveille de près la réforme de la justice en Roumanie, avait mis en garde dans son rapport annuel 2015 contre tout projet de loi qui aurait pour effet de "blanchir des individus condamnés pour délits de corruption".

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