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22/01/2017 00:03 EST | Actualisé 22/01/2018 00:12 EST

France: la catastrophe industrielle AZF de nouveau en procès mardi à Paris

Quinze après le drame du complexe chimique AZF de Toulouse (sud-ouest), dont l'explosion avait fait 31 morts, le troisième procès de la pire catastrophe industrielle en France depuis 1945 s'ouvre mardi.

Un homme, l'ancien directeur de l'usine Serge Biechlin, 72 ans, et une entreprise, la SA Grande Paroisse, filiale du géant pétrolier français Total, seront jugés pendant quatre mois par une chambre spéciale de la cour d'appel de Paris, spécialisée dans les "accidents collectifs".

Poursuivi principalement pour homicides involontaires, Serge Biechlin risque jusqu'à 3 ans d'emprisonnement et 45.000 euros d'amende; l'entreprise encourt elle 225.000 euros d'amende.

Les parties civiles, au nombre de 2.700, veulent aussi voir comparaître la maison-mère Total et son ancien patron Thierry Desmarest. A la cour de dire si cette "citation directe" est recevable.

Lors du premier "procès AZF", en 2009 à Toulouse, M. Biechlin et la société Grande Paroisse avaient été relaxés au bénéfice du doute.

Une cour d'appel toulousaine avait au contraire prononcé en 2012 des peines maximales contre l'homme (trois ans de prison dont deux avec sursis et 45.000 euros d'amende) et l'entreprise (225.000 euros d'amende), relevant "une pluralité de fautes caractérisées et graves" ayant rendu la catastrophe possible.

- 8.000 blessés -

Mais la Cour de cassation a annulé en 2015 cette décision pour défaut d'impartialité d'un magistrat, engagé dans une association d'aide aux victimes. La plus haute juridiction française a donc renvoyé l'affaire AZF devant les juges pour la troisième fois.

Ce nouveau procès-fleuve se tiendra du 24 janvier au 24 mai.

Quinze ans après, l'émotion reste vive à Toulouse à l'évocation de l'explosion d'une violence inouïe qui, le 21 septembre 2001, s'est produite dans cette usine chimique à risque. Aujourd'hui rasée, AZF produisait du nitrate d'ammonium, utilisé pour des engrais ou des explosifs à usage civil.

Le drame a fait 31 morts, dont 21 sur le site, d'autres aux alentours, dont un lycéen. Quelque 8.000 personnes ont été blessées dans l'explosion, entendue à des kilomètres à la ronde.

En 2009, le jugement de première instance a trouvé la cause "probable" de l'explosion: un contact "accidentel" entre deux produits incompatibles, du nitrate d'ammonium et du chlore.

Les juges ont aussi constaté des "dérives organisationnelles" et des négligences dans la gestion du site.

Mais le tribunal a conclu à une relaxe, faute de pouvoir écarter avec "certitude" l'hypothèse, aussi "faible" soit-elle, d'un acte intentionnel - par exemple une attaque terroriste survenant dix jours après celles du 11-Septembre à New York et Washington.

Pour l'avocat de M. Biechlin et de la société Grande Paroisse, "il y a des alternatives raisonnables" à l'hypothèse d'un accident industriel, défavorable à ses clients. Et de rappeler qu'AZF se trouvait sur le site d'une ancienne poudrerie, lequel n'a selon lui pas été "complètement dépollué".

"Le scénario de l'accident chimique est complètement valide", assure au contraire Sophie Vittecoq, porte-parole du collectif "Plus jamais ça".

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