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21/01/2017 02:38 EST | Actualisé 21/01/2017 02:56 EST

Anne Émond: «J'aurais aimé serrer Nelly Arcan dans mes bras» (ENTREVUE)

Prenez l’une des figures littéraires les plus marquantes de ces dernières années, ajoutez la vision éclatée d’une réalisatrice à fleur de peau, additionnez un destin tragique et controversé, et vous obtenez Nelly, la dernière proposition d’Anne Émond. Le film en salle depuis vendredi décortique les multiples personnalités d’Isabelle Fortier alias Nelly Arcan, disparue le 24 décembre 2009.

Biopic inspiré, travail biographique ou hommage sur pellicule, qu’importe le résultat, pour Anne Émond, son troisième long métrage s’intéresse avant tout sur une existence brisée qui a réussi à secouer les lettres québécoises avec une écriture acide et sans concession. «Mes films s’intéressent à des gens qui ont dû mal à trouver leur place, explique en entrevue la cinéaste. Je suppose que c’est lié à mon propre parcours et ce que j’ai moi-même vécu.»

À 36 ans, Nelly Arcan s’est donné la mort dans son appartement, tiraillée par les lumières du vedettariat et de la solitude d’une âme blessée, un mal de vivre toujours aussi insaisissable. La réalisatrice – révélée en 2011 avec son premier opus Nuit #1 – parle de Nelly comme elle parlerait d’une amie dont elle a toujours compris ce besoin douloureux et obsessionnel d’être aimée. Pourtant les deux femmes ne se sont jamais rencontrées.

«C’est vrai, je ne l’ai pas connu, mais j’aurais tellement voulu que cela se termine autrement pour elle. Certains l'adoraient, d’autres la détestaient. C’était peut-être une personne colorée et excentrique, il reste qu’elle était d’abord une grande artiste.»

Lire ses livres

Si elle avait un jour croisé la route de l’auteure de Putain et de Folle, Anne Émond aurait aimé serrer Nelly Arcan dans ses bras, confie-t-elle, sachant que rien n’aurait pu vraiment la sauver. «Son mal était beaucoup plus sombre que la vie. Toutefois, au fil de mes recherches, j’ai découvert une battante. Elle représente la difficulté d’être femme aujourd’hui.»

Sans flafla et avec un certain goût du risque, Émond a réalisé ce film à l’atmosphère tendue pour que l’on puisse voir l’être humain derrière le décor, parfois ridicule d’une romancière piégée par les dictats de la superficialité liés au corps et à la beauté. «Elle était très lucide de ses paradoxes. Sans doute, qu’elle aurait aimé être autre chose que cette personnalité à la poitrine refaite! Effectivement, elle était autre chose.»

Alors que reste-t-il de Nelly Arcan? «Un héritage littéraire, répond Anne Émond sans hésiter. Beaucoup de personnes m’ont dit qu’ils ont découvert ses livres après avoir vu le film. C’est le plus cadeau qu’on puisse lui faire, car il faut continuer à la lire.»

Nelly – Les Films Séville – Drame biographique – 101 minutes – Sortie en salles le 20 janvier 2017 – Canada, Québec.

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