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Safia Nolin ou la revanche de celle qui ne fitait pas

«On me disait de retourner dans mon pays. On me lançait des roches. J’étais victime de racisme sans trop savoir pourquoi.»

Je voulais la rencontrer depuis longtemps, depuis l'été dernier en fait, au moment où elle était venue faire un saut à Dessine-moi un dimanche. C'était avant la controverse du Gala de l'ADISQ autour d'une tenue qui en a irrité quelques-unes, plus que quelques-uns, et avant la sortie de son album de reprises.

J’étais intrigué par le personnage, par sa façon crue de s’exprimer, par la liberté avec laquelle elle raconte son enfance de merde, par son authenticité, par sa franchise et par sa voix d’écorchée.

Plusieurs fois, je lui ai lancé des invitations, mais elle ne pouvait pas ou ne voulait pas venir. Puis, l’automne dernier, elle est partie à Banff pour écrire. Finalement, la voilà, des mois et des mois plus tard…

On a passé un bon moment ensemble, une rencontre qui sera diffusée bientôt à l'occasion des Grands entretiens.

Bien sûr, sa vie d’adolescente, elle l’a souvent répété, a été pourrie par le harcèlement dont elle a été victime à l'école. Sept fois, cette fille d’un père algérien musulman et d’une mère québécoise a dû changer d’école, pour fuir, pour continuer à vivre et à survivre surtout. En troisième secondaire, elle a décroché. Elle n’en pouvait plus de se faire bardasser, écoeurer et ridiculiser.

«J’aurais aimé finir mes études. On pense que je chie sur tout le système d’éducation, mais honnêtement, les profs sont surmenés. L’adolescence est une période difficile, mais si l'on trouvait une manière de réformer l’école pour la rendre plus intéressante…» - Safia Nolin

Le souvenir de Josette

Elle se souvient toutefois d’une enseignante, sa dernière professeure de biologie, qu’elle aimait tout particulièrement. Elle s’appelait Josette. « Elle devait avoir 60 ans. Elle faisait de l’emphysème et se promenait dans la classe avec un micro et un speaker pour donner son cours. Elle sacrait et nous montrait des vidéos. On voulait tellement apprendre, avec elle. Elle était fascinante. Elle m’a marquée. Remarque, j’ai décroché pareil. »

Or, cette Josette, contrairement à ses collègues, a assisté à plusieurs rencontres afin d’inciter Safia, qui était douée et qui avait de bonnes notes, à ne pas abandonner l’école. Elle a été la seule.

On se demande toujours comment tout cela commence, comment des élèves peuvent se liguer contre l'une des leurs pour lui en faire baver.

Safia vivait à Québec, tantôt à Limoilou tantôt à Sainte-Foy, selon les revers financiers de la famille. Je rappelle que son père était algérien. Safia portait donc un nom arabe qu’elle a par la suite changé pour prendre celui de sa mère, Nolin. En 2001, Safia avait 9 ans. Cette année-là sa vie a changé. On peut dire sans se tromper qu’il y a eu pour elle un avant et un après-11 Septembre.

«C’était la première fois que je vivais des épisodes d’intimidation. On me disait de retourner dans mon pays. On me lançait des roches. J’étais victime de racisme sans trop savoir pourquoi.» - Safia Nolin

Cependant l’horreur n’a duré qu’un temps et le rejet aussi. Elle a traversé des périodes de solitude et d’isolement, pour enfin découvrir la musique et voir la lumière au bout du tunnel.

Une musique d'espoir

En fait, six cordes de guitare l’ont sauvée. Granby aussi, où elle est allée, encouragée par sa mère. Il y a aussi eu la rencontre avec Philippe Brault, un album à succès et une soif de vivre.

La confiance s’est installée. Safia s’est assumée. « Tu te rends tellement malheureuse à vouloir répondre à des critères et à des standards de beauté dans lesquels tu ne fites pas. La musique, c’était la seule chose qui me rendait heureuse. Elle me calmait. Elle m’occupait. Sérieusement, même si l'on me donnait 12 milliards de dollars, je ne retournerais pas il y a six ans. J’avais atteint le fond du baril. Je n’avais rien à perdre. Finalement, j’ai été chanceuse. »

C’est quand même fantastique qu’après avoir réalisé que l’enfer c’était vraiment les autres, et qu’après l’avoir traversé de peine et de misère, elle parle aujourd’hui de chance.

Après l’enregistrement de Limoilou, son univers a basculé. Le succès s’est présenté, poliment, traînant avec lui une confiance apaisante. Plus de drogue, plus d’alcool et plus d’expédients, simplement la vie.

Les récompenses ont suivi; les prix (SOCAN, Félix-Leclerc, l’ADISQ).

« C’est hot. Je vais les montrer à mes enfants. »

Oui, Safia veut des enfants. « Sinon, j’aurai des chats. »

En attendant, elle apprécie ce qui lui arrive; la reconnaissance publique.

Elle se fait plaisir, enregistre pour elle des chansons qu’elle aime particulièrement : Loadé comme un gun,d'Éric Lapointe et Roger Tabra, « une ostie de belle chanson »; Ayoye,de Gerry, « la plus belle toune du monde »; C’est zéro, « une de mes pref… »; Laisser l’été avoir 15 ans, « plus personne ne met le mot câlin dans une chanson. Moi, je trouve ça beau. »

Quatrième célébrité la plus recherchée sur Google après Cohen, Subban et Céline, Safia Nolin dit avoir vécu sa vie à l’envers.

Elle ne fuit plus devant la controverse, se moque des attaques que suscite sa tenue vestimentaire lors d’un gala et déplore l'intimidation institutionnalisée pratiquée par certaines chroniqueuses.

Aujourd’hui, contrairement à hier, Safia Nolin répond.

Aujourd’hui, Safia est heureuse.

« Oui, vraiment, parce que je fais ce que je veux et que je suis entourée des gens que j’aime. »

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