NOUVELLES
13/01/2017 20:45 EST | Actualisé 14/01/2018 00:12 EST

Perplexité à Cuba comme à Miami sur l'avenir de la politique migratoire américaine

Dauleni Perez pleure de joie devant l'ambassade américaine de La Havane: elle a obtenu un visa. Autour d'elle, on espère que davantage de visas seront octroyés après la suppression jeudi des avantages accordés pendant 50 ans aux clandestins cubains aux Etats-Unis.

Psychologue de 32 ans, Mme Perez va pouvoir rejoindre son mari aux Etats-Unis avec sa fille de sept ans. Elle fait partie des plus de 20.000 Cubains qui reçoivent chaque année une autorisation d'immigration légale en vertu d'un accord entre les deux pays.

"C'est un processus qui a duré un an après un premier refus", raconte-t-elle, très émue, en serrant sa fille dans ses bras.

Le président américain Barack Obama a annoncé jeudi la levée immédiate des facilités d'entrée accordées depuis 1966 aux migrants clandestins cubains, répondant à une exigence de longue date de La Havane.

Une mesure qui vient tourner la page de nombreuses crises migratoires et d'une politique qui a poussé une multitude de Cubains à s'aventurer sur les périlleuses routes de l'immigration illégale terrestre, via l'Amérique centrale et le Mexique, ou maritime à bord d'embarcations de fortune.

- "Une bonne mesure" -

Pour Mme Perez, c'est "une bonne mesure", car elle va permettre aux immigrants légaux de bénéficier d'un meilleur traitement.

Mais cela n'a rien changé pour Marianela Rodriguez, qui vient de se voir signifier une réponse négative. Cette veuve, femme au foyer de 56 ans, souhaitait rendre visite à une amie résidant en Floride.

Généralement, aucun motif n'est signifié aux recalés qui voient s'envoler à chaque tentative 160 dollars de frais de dossiers, une somme considérable dans un pays où le salaire mensuel moyen est inférieur à 30 dollars.

Sur la "place des soupirs", surnom donné à un petit square contigu à l'ambassade où patientent chaque jour des centaines de Cubains venus de tout le pays en quête du précieux sésame, l'abandon des privilèges migratoires nourrit l'espoir d'une augmentation du nombre des visas d'immigration.

"S'ils augmentent les visas, on peut dire que c'est une bonne chose, mais apparemment ce ne sera pas pour tout de suite", relève Jose Gonzalez, ouvrier soudeur de 48 ans venu accompagner sa belle-mère.

- Quid des clandestins en chemin? -

Près de 2,2 millions de Cubains et leurs descendants vivent aux Etats-Unis. Et parmi les 11,2 millions d'habitants de l'île, rares sont ceux n'ayant pas de parents émigrés.

Selon les services des douanes américains, 50.082 Cubains sont entrés aux Etats-Unis au cours de l'année fiscale 2016, dont 38.310 illégalement.

A Miami, où réside une grande partie de la communauté cubaine, la fin de ces privilèges et de la règle des "pieds secs/pieds mouillés", qui prévoyait le rapatriement à Cuba des clandestins interceptés en mer, a suscité soulagement mais aussi réserves de certains exilés.

"Cela pénalise le plus ceux qui n'ont pas d'argent, pas de salaire, et qui ne peuvent pas aider leur famille à venir", regrette sous couvert de l'anonymat une femme de ménage cubaine de 66 ans dans un café de Miami.

"Ce qui me dégoûte le plus c'est ce qui se passe avec tous ceux qui ont entrepris le voyage il y a un ou deux mois et qui ne sont pas encore arrivés", relève de son côté Ernesto Rodriguez, photographe de 45 ans qui est passé par le Mexique voici sept ans pour entrer illégalement aux Etats-Unis.

Ils sont en effet des centaines à s'être saignés à blanc pour rejoindre les Etats-Unis pour se retrouver aujourd'hui totalement dépourvus en Equateur, Colombie, Amérique centrale ou Mexique. Le Panama a d'ailleurs déjà déclaré qu'il extraderait vers leur pays les Cubains en situation illégale.

A La Havane, à l'évocation de l'avenir de la politique migratoire avec Donald Trump, qui succèdera le 20 janvier à Barack Obama, beaucoup haussent les sourcils.

"C'est une inconnue, personne au monde ne peut dire" ce qui va se passer, explique Juan Jose Perez, chauffeur de taxi. A 51 ans, il s'est spécialisé dans un commerce rentable: les courses entre l'ambassade américaine et sa ville de Cienfuegos, à 270 km au sud-est de La Havane.

bur-ag/juf