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12/01/2017 06:38 EST | Actualisé 13/01/2018 00:12 EST

Soldats américains en Pologne: Russes irrités, Polonais rassurés

Des blindés américains sont entrés jeudi en Pologne, début d'un des plus vastes déploiements militaires des Etats-Unis en Europe depuis la fin de la guerre froide, accueilli avec satisfaction par les Polonais et avec colère par Moscou.

Le convoi, composé de 24 véhicules blindés Humvee et d'une dizaine de camions a été accueilli chaleureusement dans la matinée à la frontière germano-polonaise par les soldats polonais, a constaté une photographe de l'AFP.

Le quartier-général de la brigade est établi à Zagan dans l'ouest de la Pologne où une cérémonie officielle de bienvenue y aura lieu samedi. La brigade comptera à terme plus de 3.000 soldats, ainsi que 87 chars Abrams et plus de 550 véhicules blindés de transport de troupes.

Le convoi fait partie du premier transport de soldats américains et de matériel militaire lourd, arrivé en Europe orientale dans le cadre de l'opération "Atlantic Resolve", décidée par le président sortant Barack Obama, après la prise de la Crimée par la Russie.

La présence par rotation de cette unité en Pologne, mais aussi en Lituanie, en Lettonie, en Estonie, en Hongrie, en Roumanie et en Bulgarie, est destinée surtout à renforcer la sécurité de ces pays, inquiets du comportement de la Russie. S'y ajouteront bientôt quatre bataillons multinationaux de l'Otan en Pologne et dans les pays baltes.

Cette présence est "sans précédent pour la Pologne depuis la fin de la guerre froide", a déclaré à l'AFP le directeur du fonds German Marshall Fund à Varsovie Michal Baranowski. Selon lui, "cela modifie la donne sur le flanc oriental de l'Otan", car la Russie "ne pourra plus compter sur une victoire rapide et bon marché dans les pays baltes" sans déclencher une riposte américaine.

"Nous considérons cela comme une menace contre nous", a réagi immédiatement le porte-parole de la présidence russe Dmitri Peskov.

"Il s'agit d'une opération qui menace nos intérêts, notre sécurité", a-t-il dit. Sans citer nommément les Etats-Unis, il a dénoncé le fait qu'un "pays tiers renforce sa présence militaire à nos frontières en Europe. Ce n'est même pas un pays européen", a-t-il souligné.

- 'Facteur de déstabilisation' -

Alexeï Mechkov, vice-ministre russe des Affaires étrangères, a estimé de son côté que ce déploiement "hâtif" mené par l'administration Obama paraissait être "un facteur de déstabilisation pour la sécurité européenne".

M. Baranowski rejette cette argumentation rappelant que le déploiement de la brigade ne change pas beaucoup le rapport de forces réel sur le terrain entre l'Otan et la Russie, disposant de beaucoup plus de forces que l'Otan dans la région concernée, mais signifie que "la Pologne et les pays baltes ne sont plus seuls au sens militaire du terme".

A une semaine de l'entrée en fonctions du président américain Donald Trump, supposé être favorable à la détente avec le Kremlin, le déploiement de la brigade semble également calmer les inquiétudes de la Pologne et d'autres pays de la région sur la politique américaine dans cette partie de l'Europe. Il peut aussi les rassurer sur l'application des mesures de renforcement de la présence de l'Otan adoptées lors d'un sommet de l'Alliance en juillet à Varsovie.

Le futur président américain avait notamment laissé entendre qu'il pourrait faire dépendre l'application de l'article 5 du traité de l'Otan - qui fait considérer une agression contre un membre comme une attaque contre tous - de la contribution du pays concerné au budget de l'Alliance.

"Le déploiement américain signifie le renforcement du flanc oriental de l'Alliance. C'est la preuve de la détermination des Américains, ainsi qu'un bon exemple pour les autres alliés de l'Otan pour qu'ils ne tardent pas à déployer, au printemps 2017, leurs bataillons en Pologne et dans les pays baltes comme l'a décidé le sommet de l'Otan", a déclaré à l'AFP le général Stanislaw Koziej, ancien chef du bureau de la sécurité nationale (BBN) auprès de la présidence polonaise.

"Cela calme un peu les inquiétudes concernant la direction que prendront les Etats-Unis après l'arrivée du nouveau président. S'il le voulait vraiment, le président élu pourrait se prononcer sur ce déploiement, comme il ne l'a pas fait, cela réduit les appréhensions", a-t-il ajouté.

bo/via/prh