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12/01/2017 05:56 EST | Actualisé 13/01/2018 00:12 EST

Chantage de journalistes français au roi du Maroc : décision en février sur la validité d'enregistrements-clé

La justice française se prononcera le 16 février sur la recevabilité d'enregistrements-clé contestés dans l'affaire de deux journalistes français poursuivis pour chantage à l'égard du roi du Maroc, ont annoncé jeudi les parties.

Catherine Graciet, 42 ans, et Eric Laurent, 69 ans, ont été mis en examen (inculpés) pour chantage et extorsion de fonds. Ils sont soupçonnés d'avoir voulu extorquer trois millions d'euros au roi du Maroc en 2015, en échange de l'abandon d'un livre censé contenir des révélations gênantes pour Rabat.

Les deux journalistes avaient été interpellés le 27 août 2015, en possession de 80.000 euros en liquide, au sortir d'une réunion avec un émissaire du Maroc, enregistrée à leur insu par leur interlocuteur. Eric Laurent avait déjà été enregistré lors deux rencontres précédentes avec cet émissaire, l'avocat Hicham Naciri.

A l'audience jeudi devant la chambre de l'instruction, qui s'est tenue à huis clos, le parquet général a de nouveau requis la validation des enregistrements malgré une décision de la Cour de cassation, la plus haute juridiction française, les remettant en cause le 20 septembre dernier.

"Il n'appartenait pas aux enquêteurs d'interdire au plaignant, ni même de le dissuader, de recourir à des enregistrements, dont l'illégalité était justifiée par l'état de nécessité", a estimé l'avocat général dans son réquisitoire écrit, dont l'AFP a eu connaissance.

L'avocat général a ajouté que l'argument des journalistes sur "la prétendue déloyauté de la preuve" devait être "écarté".

Les avocats des deux journalistes, qui reconnaissent un accord financier mais réfutent tout chantage, demandent l'annulation des enregistrements des deuxième et troisième rencontres, au motif qu'ils ont été pris par l'émissaire marocain, alors même qu'une enquête était déjà ouverte.

"La police doit respecter un certain nombre de règles de procédure : si elle ne les respecte pas, la sanction est l'annulation", a déclaré Me Jérémie Assous, avocat d'Eric Laurent. A ses yeux, les enregistrements sont "illégaux" car réalisés hors du cadre fixé par la procédure pénale.

De son côté Me Eric Dupond-Moretti, un des avocats du royaume du Maroc, a répété que "les policiers ont été observateurs et pas acteurs. Ils n'ont pas équipé Naciri d'un matériel d'agent secret."

La cour d'appel de Reims (nord-est) rendra sa décision le 16 février mais celle-ci pourra à nouveau faire l'objet d'un pourvoi devant la Cour de cassation.

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