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10/01/2017 11:58 EST | Actualisé 10/01/2017 11:59 EST

Pakistan: craintes pour la liberté en ligne après la disparition de blogueurs

Des militants de la société civile et élus d'opposition ont manifesté mardi au Pakistan leur crainte d'une atteinte à la liberté d'expression sur les réseaux sociaux après des pressions sur les médias et l'enlèvement de quatre blogueurs.

Salman Haider, un poète et universitaire, et les blogueurs Waqas Goraya, Asim Saeed et Ahmed Raza Naseer, tous militants des droits de l'Homme et de la laïcité, critiques de l'armée et du gouvernement, ont disparu de plusieurs villes entre le 4 et le 7 janvier.

Des manifestations ont été organisées dans les grandes villes du Pakistan pour protester contre ces disparitions, dont la quasi-simultanéité laisse craindre une implication de services étatiques selon des organisations dont Human Rights Watch.

Les groupes de défense des droits de l'Homme soulignent que les militants de la société civile comme les journalistes se trouvent régulièrement mis sous pression à la fois par les services de sécurité et les groupes extrémistes armés, dont les talibans.

Des centaines de personnes ont participé aux différents rassemblements de protestations qui avaient pour mot d'ordre #RecoverAllActivists.

"Nous avons déjà vu des pressions sur les médias, les médias en ligne, la presse. Les gens ont été réduits à l'auto censure", a déclaré à l'AFP le sénateur d'opposition Afrasiab Khattak, lors de la manifestation à Islamabad. "Mais pour les réseaux sociaux, c'est la première attaque. Et le message est: nous ne permettrons pas la liberté d'expression sur les réseaux sociaux non plus".

Pour la féministe Farzana Bari, ces disparitions laissent craindre une répression grandissante contre toute contestation. "S'ils ont commis un crime ou violé des règles en ligne, (les autorités) auraient pu porter plainte. Mais on doit savoir ce qui leur est reproché".

Le ministère de l'Intérieur a assuré pendant le week-end qu'une enquête serait menée concernant Salman Haider, sans évoquer le sort des autres disparus.

Une source sécuritaire a assuré à l'AFP que les services du renseignement n'étaient pas impliqués.

Mais le principal parti d'opposition, le Pakistan People Party (PPP, libéral) a estimé dans une note au Parlement que "le modus operandi de ces disparitions suggère qu'ils s'agit d'une action coordonnée, menée pour faire taire des voix critiques".

Le Pakistan est régulièrement classé comme l'un des pays les plus dangereux pour les journalistes, qui sont parfois arrêtés, frappés voire tués. Critiquer l'armée toute puissante y est considéré comme particulièrement risqué.

En avril 2015, un militante de la société civile connue, Sabeen Mahmud, avait été abattue par des extrémistes qui avaient affirmé l'avoir tuée en raison de ses idées libérales et laïques.