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10/01/2017 12:58 EST | Actualisé 11/01/2018 00:12 EST

Le candidat de Trump à la Justice se défend de tout racisme

L'homme choisi par Donald Trump pour diriger le ministère américain de la Justice, Jeff Sessions, a rejeté mardi de vieilles accusations de racisme, tout en s'efforçant de rassurer ceux qui craignent des dérives touchant les minorités et les libertés individuelles.

Le sénateur de l'Alabama s'est dit défavorable à une loi qui interdirait aux musulmans d'entrer aux Etats-Unis, et a admis que la technique d'interrogatoire en simulant la noyade, interdite sous la présidence de Barack Obama, était "absolument impropre et illégale", ainsi que toute forme de torture.

Personnellement opposé au mariage homosexuel et à l'avortement, Jeff Sessions a cependant promis qu'il respecterait les décisions de la Cour suprême sur ces sujets.

Sur Hillary Clinton, que Donald Trump en campagne avait menacé de traîner devant les tribunaux, avant de changer d'avis après sa victoire, Jeff Sessions n'a ni promis ni écarté d'éventuelles poursuites dans l'affaire de ses emails ou de sa fondation.

Mais "je pense qu'il serait convenable que je me récuse de tout dossier d'enquête impliquant la secrétaire Clinton", a déclaré le sénateur, cheveux blancs soigneusement coiffés sur le côté.

"Ce pays ne punit pas les rivaux politiques, ce pays fait en sorte que personne ne soit au-dessus des lois", a-t-il ajouté.

Le ministre de la Justice, a aussi dit Jeff Sessions, "doit être capable de dire non au président s'il va trop loin".

- L'ombre du KKK -

La séance sur la colline du Capitole s'est déroulée de façon mouvementée, de multiples manifestants interrompant les échanges tout au long de l'audition, depuis les rangs du public.

"Empêchez ces porcs fascistes de prendre le pouvoir!" a crié une femme.

Jeff Sessions a été accusé en 1986 de propos racistes et d'avoir critiqué le travail d'associations de défense des droits civiques dans l'Alabama, un ex-Etat ségrégationniste, qualifiant la plus grande d'entre elles d'"anti-américaine". Cela avait alors torpillé sa nomination à un poste de juge fédéral.

Il s'agit d'"accusations infondées", a répliqué l'homme de 70 ans, l'âge de Donald Trump, en revenant en détails sur cette période et en dénonçant la "caricature" de 1986 qui lui colle à la peau. "J'ai en horreur le (Ku Klux) Klan), ce qu'il représente et son idéologie".

Et il a d'emblée tenté de déminer le terrain sur la défense du droit de vote des minorités, notamment à travers le Sud où des restrictions ont été mises en place ces dernières années comme l'obligation de présenter une pièce d'identité.

"Je comprends profondément l'histoire des droits civiques et l'impact terrible que la discrimination incessante et systématique, ainsi que les restrictions sur le droit de vote, ont eu sur nos frères et soeurs afro-américains", a-t-il déclaré.

- Conservateur pur et dur -

Mais ce conservateur pur et dur, premier sénateur à s'être rallié à Donald Trump pendant les primaires, n'a pas adouci la ligne ferme qu'il entend appliquer sur de nombreux dossiers en tant qu'Attorney general, poste clé de l'exécutif américain.

En plus des tribunaux, le ministère de la Justice supervise la police fédérale (FBI), le Bureau de l'alcool, du tabac, des armes à feu et des explosifs (ATF), l'administration pénitentiaire, le United States Marshals Service (USMS), agence fédérale spécialisée dans la recherche des fugitifs, et celle de la lutte antidrogues (DEA).

Dans cette audition marathon qui a duré toute la journée, retransmise partiellement sur les chaînes d'informations, le sénateur Sessions a adopté un ton martial contre la délinquance et l'immigration clandestine, estimant que les régularisations "sapaient le respect de la loi et encourageaient de nouvelles arrivées illégales".

Il a également répété qu'il n'était pas favorable à la fermeture de la prison de Guantanamo, "endroit sûr pour garder des prisonniers".

Une autre question piège est venue du sénateur démocrate Patrick Leahy. Il a demandé si attraper une femme par le sexe sans son consentement constituait une agression sexuelle, une référence aux propos de Donald Trump enregistrés sur une bande vidéo en 2005. "A l'évidence, cela le serait", a répondu Jeff Sessions.

Une fois son audition terminée, les sénateurs devront voter pour ou contre sa nomination. La majorité républicaine souhaite procéder à ce vote d'ici à la prestation de serment de Donald Trump, le 20 janvier. Il lui faudra 51 voix sur 100, alors que les républicains sont au nombre de 52.

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