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10/01/2017 08:26 EST | Actualisé 11/01/2018 00:12 EST

Fin de la révolte en Islande, qui se dote d'un gouvernement de centre-droit

L'Islande paraissait prête à un grand ménage après le scandale des Panama Papers, dévastateur pour ses élites, mais a finalement choisi la continuité en se dotant mardi d'un gouvernement de centre-droit emmené par le conservateur Bjarni Benediktsson.

Ministre des Finances depuis 2013 et vainqueur des législatives d'octobre avec le Parti de l'indépendance, M. Benediktsson, 46 ans, a présenté le nouvel exécutif lors d'une conférence de presse à Reykjavik avec ses deux nouveaux partenaires, Réforme (centre-droit) et Avenir radieux (centre).

La coalition contrôle la majorité à un siège près (32 sièges sur 63).

La droite prend tous les portefeuilles stratégiques. "Le Parti de l'indépendance obtiendra le poste de Premier ministre, le ministère des Affaires étrangères, de l'Intérieur où il y aura deux ministres", sans compter la Justice, le Tourisme, l'Éducation, etc., a-t-il déclaré.

"Je tiens aussi à dire que ce gouvernement prend un bon départ dans des circonstances favorables, avec une économie forte, un marché de l'emploi vigoureux et des perspectives positives devant nous", a-t-il ajouté, promettant la recherche du "consensus".

La révolte née des Panama Papers, ces documents sur les détenteurs d'avoirs dans les paradis fiscaux publiés en avril, semble loin.

À l'époque les Islandais disaient en très grande majorité vouloir du changement, et ils visaient entre autres leur ministre des Finances, M. Benediktsson, qui avait monté avec des partenaires une société offshore aux Seychelles.

Après le parcours exceptionnel de l'équipe de football à l'Euro en juin, qui a réconcilié les Islandais avec eux-mêmes, la pause estivale, et le retour à un débat politique plus apaisé à la rentrée, l'électorat conservateur s'est remobilisé, tandis que celui de la gauche s'effritait.

Le 29 octobre, le Parti de l'indépendance remportait 21 sièges, loin devant ses opposants, le Mouvement gauche-Verts et le Parti pirate (10 sièges chacun).

Si ces législatives ont donné un Parlement sans majorité claire, c'est l'ambitieux et déterminé M. Benediktsson qui s'est imposé comme l'homme fort. Même s'il a d'abord échoué en novembre à conclure un accord avec Réforme et Avenir radieux.

L'opposition de gauche a tenté de monter une coalition hétéroclite. Sans surprise, les efforts en ce sens du Mouvement gauche-Verts puis des Pirates ont échoué.

- Échec pour la gauche -

La main est alors revenue à M. Benediktsson, qui a imposé ses vues. Le programme de gouvernement publié mardi porte à l'évidence la patte des conservateurs, qui raflent six postes de ministres, contre trois à Réforme et deux à Avenir radieux.

Il prévoit l'éventualité d'un référendum sur une candidature à l'Union européenne "vers la fin de la législature". Cette candidature, déposée par un gouvernement de gauche en 2009 et retirée par son successeur de centre-droit en 2015, suscite l'hostilité d'une majorité des électeurs, surtout ceux de droite qui craignent l'immixtion de Bruxelles dans les quotas de pêche.

Par ailleurs, le gouvernement enterre l'espoir de réformes institutionnelles radicales, notamment de la ratification de la nouvelle Constitution rédigée par une commission citoyenne entre 2010 et 2012.

Sur le plan économique, le projet est dans la continuité de la politique libérale menée par M. Benediktsson, à créditer d'un bon bilan avec une croissance solide et la quasi-disparition du chômage.

Rien n'a pu sembler contrecarrer son ascension, pas même un rebondissement de dernière minute, quand dimanche il a dû admettre avoir retardé de trois mois la publication d'un rapport sur l'évasion fiscale achevé en pleine campagne législative.

Maladresse, a estimé Réforme, un parti de création toute récente monté pour renouveler l'offre politique à droite. Avenir radieux, formation très jeune elle aussi, n'a pas réagi.

La gauche, qui espérait profiter du scandale, va devoir analyser les raisons de son échec, et bâtir une opposition plus efficace. Birgitta Jonsdottir, porte-parole des Pirates, a commencé mardi en critiquant sur Facebook Avenir radieux, initialement volontaire pour une coalition de gauche qui aurait transformé le système politique.

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