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10/01/2017 12:26 EST | Actualisé 10/01/2017 12:27 EST

États-Unis: l'équipe Trump à l'épreuve du Sénat

À Washington, les sénateurs américains ont entrepris aujourd'hui une longue série d'audiences destinées à approuver les membres du Cabinet du président désigné Donald Trump, qui sera assermenté dans 11 jours.

Neuf nominations du président seront ainsi scrutées à la loupe dès cette semaine, dont celles du secrétaire à la Justice, Jeff Sessions, du secrétaire d’État, Rex Tillerson, et du secrétaire à la Défense, James Mattis.

Pour être confirmés dans leur fonction, les choix du président doivent recevoir l’assentiment d’une majorité simple de 100 sénateurs, ce qui ne devrait pas poser problème dans la majorité, sinon la totalité des cas.

Forts de leurs 52 sièges au Sénat, les républicains sont en effet peu susceptibles de mettre des bâtons dans les roues du futur locataire de la Maison-Blanche, même si des surprises sont toujours possibles.

Malgré cette mathématique défavorable, les démocrates risquent fort de profiter des audiences pour mettre des membres désignés du Cabinet sur la sellette, en soulevant des questions relatives à l’immigration et aux relations avec la Russie.

Les audiences qui s’ouvrent aujourd’hui sont menées par des commissions sénatoriales. La candidature de M. Tillerson, par exemple, est étudiée par la commission des Affaires étrangères, celle de M. Sessions, par la commission de la Justice.

Au terme des audiences, les membres de ces commissions se prononcent par un vote à majorité simple : un vote positif envoie la nomination au Sénat – avec ou sans recommandation – qui doit l’approuver; un vote négatif y met un terme sur-le-champ.

« Je pense qu’ils passeront tous », a lancé hier M. Trump depuis la Trump Tower de New York, quartier général de son équipe de transition.

Au pas de course

La rapidité à laquelle les audiences de confirmation auront lieu a toutefois entraîné les critiques du directeur du Bureau d’éthique du gouvernement, Walter Shaub fils, qui s’en est plaint dans une lettre envoyée au chef de la minorité démocrate au Sénat Chuck Schumer.

« Les audiences annoncées de plusieurs candidats qui n’ont pas fait l’objet d’une vérification éthique sont une grande inquiétude pour moi », a-t-il écrit, dénonçant du même souffle une « pression inutile » sur les membres de son personnel.

« Certains ont « potentiellement des problèmes éthiques non résolus », a-t-il ajouté, en précisant que plusieurs d’entre eux n’ont pas encore fourni leurs déclarations de revenus.

M. Schumer a conséquemment accusé M. Trump de s’allier au Sénat républicain « pour faire passer ses candidats » de façon hâtive.

Le chef de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, a assuré pour sa part que « tout le monde sera vérifié comme il faut, comme ça a été le cas par le passé ».

Les conseillers de Donald Trump - dont le secrétaire général de la Maison-Blanche Reince Priebus, le stratège en chef Steven Bannon, la conseillère aux communications Kellyanne Conway et le conseiller à la sécurité nationale Michael Flynn - ne sont pas soumis à ces audiences de confirmation.

Des nominations controversées

Tous les candidats pressentis pour le Cabinet de M. Trump recevront leur lot de questions pressantes. Les nominations de MM. Sessions et Tillerson apparaissent cependant comme les plus susceptibles de donner lieu à des échanges particulièrement corsés.

La nomination de Jeff Sessions, sénateur de l'Alabama, à titre de secrétaire à la Justice et procureur général des États-Unis, est l'une de celles qui ont soulevé le plus d'indignation du côté démocrate, étant donné le pouvoir qu'il détiendrait pour infléchir les politiques fédérales en matière de droits civiques, d'environnement et d'immigration.

Des opposants à la nomination de Jeff Sessions se sont déguisés en membres de l'organisation raciste Ku Klux Klan pour l'audience. Ils ont été expulsés.

Élevé dans le sud ségrégationniste, considéré comme l'un des sénateurs les plus conservateurs du Sénat, ce partisan de la première heure de M. Trump a déjà été humilié lors d'une audience similaire tenue en 1986, après que l'administration Reagan l'eut désigné pour un poste de juge fédéral dans l'Alabama.

La nomination de M. Sessions, alors procureur fédéral, avait échoué après que des collègues eurent dénoncé ses propos et son comportement xénophobes. L'un d'eux a notamment témoigné lui avoir rapporté qu'un juge avait qualifié un avocat de « disgrâce pour sa race » parce qu'il défendait des clients noirs. « Peut-être l'est-il », aurait répondu M. Sessions.

M. Sessions n'avait pas nié avoir tenu ses propos. Il disait être « troublé » par ses propos et avait assuré qu'il n'en croyait rien.

Un de ses adjoints, noir, avait également affirmé que M. Sessions l'appelait « boy » (garçon) et qu'il se plaignait que la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP), groupe de défense des Afro-Américains, « enfonçait les droits civiques dans la gorge des gens ». M. Sessions avait nié ses allégations.

Fait rare, le démocrate du New Jersey Cory Booker, l'un des trois Afro-Américains siégeant au Sénat, a annoncé qu'il témoignera contre son collègue, en raison de son passé « inquiétant » en matière de droits civiques. La NAACP et l'American Civil Liberties Union s'opposeront aussi publiquement à sa nomination.

Cette proximité sera scrutée à la loupe dans la foulée des conclusions des services de renseignements américains selon lesquelles Moscou s'est ingéré dans le processus électoral américain dans le but de favoriser la candidature de M. Trump.

Le président élu fait peu de cas de ces conclusions, ce qui ne va pas sans déplaire à des sénateurs influents de son propre parti, dont John McCain, candidat républicain à la présidentielle de 2008. Ce dernier préside la commission sénatoriale des forces armées, l'une des trois à avoir demandé une enquête approfondie sur les agissements russes.

Les membres de la commission sénatoriale des forces armées, dont le sénateur John McCain, étudieront mercredi la candidature du général James Mattis, désigné secrétaire à la Défense par Donald Trump.

Les membres de la commission sénatoriale des forces armées, dont le sénateur John McCain, étudieront mercredi la candidature du général James Mattis, désigné secrétaire à la Défense par Donald Trump. Photo : Getty Images/Chip Somodevilla

« Le président a droit à ses opinions, j'ai droit aux miennes, et je ferai mon travail », s'est contenté de déclarer M. McCain la semaine dernière, lorsque les journalistes s'il ferait preuve de scepticisme face aux choix de M. Trump.

Les sénateurs républicains Lindsey Graham et Marco Rubio, candidat défait à l'investiture républicaine, ont également affirmé qu'ils n'approuveraient pas automatiquement la nomination de M. Tillerson.

Lors d'un passage récent à l'émission Meet the Press, M. Graham, qui siège au même comité que M. McCain, a déclaré que M. Tillerson « doit [le] convaincre, comme d'autres membres du Sénat, qu'il perçoit la Russie comme une force perturbatrice, et qu'il considère que Poutine mine la démocratie, partout dans le monde, et pas seulement dans notre cour arrière. »

MM. McCain et Graham font partie d'un groupe de sénateurs des deux partis qui pressent M. Trump d'adopter de nouvelles sanctions contre Moscou.

Parmi les autres membres désignés du Cabinet Trump qui sont soumis à des audiences du Sénat cette semaine, mentionnons le secrétaire à la Sécurité intérieure, John Kelly, la secrétaire à l'Éducation, Betsy DeVos, le secrétaire au Commerce, Wilbur Ross, et le directeur de la CIA, Mike Pompeo.