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03/01/2017 20:45 EST | Actualisé 04/01/2018 00:12 EST

Ukraine: le nouveau cessez-le-feu "illimité" peut-il tenir?

Dix jours après sa signature, la nouvelle trêve "illimitée" mise en place entre l'armée ukrainienne et les rebelles prorusses dans l'est de l'Ukraine est globalement respectée, mais les accrochages sont encore réguliers et les sceptiques nombreux.

Cet énième cessez-le-feu dans un conflit qui dure depuis 31 mois et a fait près de 10.000 victimes a été proposé par le Groupe de contact réunissant Kiev, Moscou et l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) avant d'être accepté le 23 décembre par les séparatistes.

Il intervenait quelques jours après des affrontements particulièrement violents ayant provoqué la mort de 10 soldats ukrainiens. Depuis, un militaire ukrainien est décédé mais les deux camps s'accusent encore mutuellement de dizaines de tirs d'artillerie.

L'élection de Donald Trump a-t-elle changé la donne?

L'élection présidentielle américaine, qui a vu la victoire du candidat républicain Donald Trump, a été suivie de très près en Ukraine.

Le milliardaire américain a en effet professé à plusieurs reprises son admiration pour Vladimir Poutine alors que Kiev, comme ses partenaires occidentaux, accusent Moscou de soutenir militairement les combattants séparatistes.

Bien que Moscou ait constamment démenti ces accusations, certains experts estiment que M. Poutine sera tenté de rappeler à l'ordre les combattants rebelles pour faciliter la levée des sanctions américaines contre la Russie, notamment dans les cruciaux secteurs du gaz et du pétrole.

D'autres pensent à l'inverse que cette proximité donnera à Vladimir Poutine les mains libres tant que Donald Trump restera au pouvoir. Une chose est sûre, estime l'analyste militaire russe Pavel Felgenhauer, "la fin de la guerre dépend totalement de Poutine".

Les Européens s'impatientent-ils?

Depuis près de deux ans, l'Allemagne et la France mènent de difficiles négociations visant à ramener la paix dans l'est de l'Ukraine.

Si Berlin et Paris défendent publiquement les autorités ukrainiennes, plusieurs diplomates européens ont exprimé en privé la lassitude des deux pays envers Kiev, qui refuse des concessions mineures pourtant acceptées lors des accords de paix de Minsk, signés en février 2015.

Parmi celles-ci, un statut d'autonomie spécial accordé aux régions orientales de l'Ukraine, qui octroierait davantage de pouvoirs aux conseils des élus régionaux et locaux et leur permettrait d'organiser une "police populaire".

Par ailleurs, "pour voir des progrès supplémentaires dans les négociations de paix ou pour que nous obtenions ce statut spécial, il faut un cessez-le-feu total", a souligné à l'AFP l'émissaire de la république autoproclamée de Lougansk pour les négociations de paix, Vladislav Deïnego.

Chef-adjoint de l'OSCE, Alexander Hug estime pour sa part qu'il faut "une volonté politique" pour résoudre le conflit. "Ils ont montré dans le passé qu'ils peuvent arrêter les tirs quand ils le veulent", a-t-il déclaré à l'AFP.

- En Ukraine, l'état d'esprit a-t-il changé?

Au début des troubles dans l'est du pays, en avril 2014, l'armée ukrainienne tombait en ruine. Depuis, l'équipement fourni par les alliés occidentaux de Kiev, notamment en radars, et l'augmentation du budget de la défense ukrainienne ont transformé cette armée en une force efficace.

Pour autant, l'état d'esprit a changé en Ukraine. Le sentiment nationaliste, comme la colère contre la Russie, étaient élevés au début de la guerre en Ukraine mais si ces sentiments perdurent, le politologue ukrainien Vadim Karassiov estime que "les gens sont fatigués de la guerre".

En décembre, une enquête menée conjointement par deux importants instituts de sondages ukrainiens révélaient ainsi que seuls 14% des Ukrainiens veulent que les combats continuent "jusqu'à ce que tous les territoires occupés reviennent à l'Ukraine".

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