NOUVELLES
04/01/2017 07:25 EST | Actualisé 05/01/2018 00:12 EST

Le père d'un assaillant Palestinien tué réclame la perpétuité pour un soldat

Le père d'un Palestinien abattu en attaquant des soldats israéliens a réclamé mercredi que le sergent reconnu coupable de l'avoir achevé soit condamné à la prison à perpétuité.

Cependant, ce père, ainsi que le gouvernement palestinien et l'organisation israélienne B'Tselem qui a joué un rôle prépondérant dans cette affaire retentissante ont refusé de porter au crédit d'Israël le procès du sergent, une exception selon eux parmi une multitude d'actes israéliens restant impunis.

Un tribunal militaire israélien a déclaré mercredi coupable d'homicide un soldat accusé d'avoir achevé un assaillant palestinien blessé en lui tirant une balle dans la tête. Abdel Fattah al-Sharif, 21 ans, gisait au sol et était apparemment hors d'état de nuire après avoir attaqué au couteau des soldats et avoir été stoppé par les tirs des soldats à Hébron en Cisjordanie, territoire palestinien occupé par l'armée israélienne.

Le tribunal devrait prendre plusieurs semaines avant de prononcer sa peine à l'encontre du sergent Elor Azaria, 20 ans, qui encourt 20 ans de prison.

"Un verdict juste, selon moi, serait semblable à celui que reçoivent nos fils: la prison à vie, sans libération anticipée", a dit à la presse Yousri al-Sharif, le père du palestinien tué.

"Mais, ici, Israël juge son propre fils. Alors il est possible qu'il se montre clément. C'est normal. Mais nous espérons un verdict équitable, si Dieu le veut", a-t-il dit à Hébron.

Autour de la famille d'Abdel Fattah al-Sharif s'étaient réunies les familles d'autres assaillants palestiniens présumés abattus par les forces israéliennes et dont Israël refuse selon elles de restituer les corps. Des participants sont venus à la conférence de presse avec des affiches montrant Elor Azaria devant le tribunal israélien, avec l'inscription "wanted" en rouge.

Les faits survenus le 24 mars 2016 avaient été capturés par la vidéo crue d'un activiste propalestinien de B'Tselem, une ONG de défense des droits de l'Homme qui a refusé de se satisfaire de la déclaration de culpabilité d'Elor Azaria.

Ce jugement "ne doit pas faire oublier que l'appareil mettant en oeuvre la justice militaire israélienne passe son temps à étouffer les cas de Palestiniens tués ou blessés par des membres des forces de sécurité sans avoir à en rendre compte", a réagi Amit Gilutz, porte-parole de l'ONG.

Le procès d'Elor Azaria est une "exception" rendue possible par l'existence d'une vidéo contrairement à bien d'autres cas, et "ne suffit pas à changer la norme", a-t-il dit.

"L'exécution" d'Abdel Fattah al-Sharif n'est "qu'un crime parmi les centaines d'autres commis par les soldats de l'occupation contre des citoyens désarmés", a dit le porte-parole du gouvernement palestinien Youssef al-Mahmoud dans un communiqué publié par l'agence officielle Wafa.

Amnesty International a vu dans le procès d'Elor Azaria une "petite lueur d'espoir dans l'impunité galopante" dont bénéficient les soldats israéliens en Cisjordanie. "Malheureusement, cette affaire n'est que la partie émergée de l'iceberg", a dit l'organisation dans un communiqué. Elle affirme avoir porté en septembre 2016 à la connaissance d'Israël au moins 20 cas de Palestiniens tués par les forces israéliennes sans fondement légal apparent.

sy-jod-lal/mer