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04/01/2017 01:15 EST | Actualisé 05/01/2018 00:12 EST

Israël: jugement attendu contre un soldat accusé d'avoir achevé un Palestinien

Un tribunal militaire israélien se prononçait mercredi à Tel-Aviv sur le sort d'un soldat franco-israélien accusé d'avoir achevé un assaillant palestinien blessé, après des mois d'un procès exceptionnel qui divise profondément ses compatriotes.

La présidente de la cour, le colonel Maya Heller, a entamé dans la matinée la lecture du jugement et mis à bas une à une les lignes de défense du sergent Elor Azaria, âgé de 20 ans.

Les trois juges devraient prendre plusieurs semaines avant de prononcer leur peine à l'encontre d'Elor Azaria, jugé depuis mai 2016 pour avoir tiré une balle dans la tête d'un Palestinien gisant au sol et apparemment hors d'état de nuire après avoir attaqué au couteau des soldats israéliens.

Poursuivi pour homicide, il encourt vingt ans de prison.

La présidente de la cour a relevé la contradiction entre l'un des arguments de la défense selon lequel le Palestinien représentait encore une menace et un autre selon lequel il était déjà mort. Elle a retenu les témoignages selon lesquels le soldat avait déclaré sur place que le Palestinien méritait de mourir. Elor Azaria savait ce qu'il faisait, a-t-elle dit, ajoutant que le Palestinien était mort "inutilement".

Le cas d'Elor Azaria, âgé de 19 ans au moment des faits en mars 2016, a mis en lumière de profondes lignes de fracture dans l'opinion, entre ceux qui plaident pour le strict respect par l'armée de valeurs éthiques, et ceux qui invoquent le soutien dû aux soldats confrontés aux attaques palestiniennes.

Des accrochages ont éclaté entre des dizaines de jeunes supporteurs d'Elor Azaria et les forces de l'ordre à l'extérieur du quartier général de l'armée où le tribunal statuait. Deux personnes ont été arrêtées, selon la police. "Le peuple d'Israël n'abandonne pas l'un de ses soldats sur le champ de bataille", proclamait une pancarte.

Le soldat a été salué par des applaudissements et des accolades chaleureuses quand il est arrivé en uniforme, un large sourire tendu sur son visage, pour la lecture du jugement dans le prétoire exigu où avaient pris place ses amis et ses proches, dont sa mère tremblotant, visiblement très éprouvée.

- Soutenu par des ministres -

Le dossier Azaria a opposé l'état-major, qui s'est posé en garant de certains idéaux militaires et a poussé à ce qu'il soit jugé, à la droite et des personnalités politiques de premier plan.

Avigdor Lieberman, qui n'était pas encore ministre de la Défense, avait signifié son soutien au soldat en assistant au début de son procès.

Naftali Bennett, ministre de l'Education et chef de file de la droite nationaliste et religieuse, a affirmé qu'Elor Azaria ne devait pas passer une seule journée en prison et qu'il devrait être gracié par le président s'il était reconnu coupable par les juges.

Dans un pays régulièrement confronté aux attaques palestiniennes et où l'armée est une institution incontournable, des milliers d'Israéliens ont pris fait et cause pour le soldat, lors de manifestations ou sur les réseaux sociaux.

Le soldat a été filmé le 24 mars 2016 par un activiste pro-palestinien alors qu'il tirait une balle dans la tête d'Abdel Fattah al-Sharif à Hébron en Cisjordanie, territoire palestinien occupé par l'armée israélienne.

Le jeune homme de 21 ans, venait, avec un autre Palestinien, d'attaquer des soldats au couteau. Atteint par balles, il gisait à terre grièvement blessé et ne posait apparemment plus aucun danger. Son complice était apparemment déjà mort.

Les Territoires palestiniens, Jérusalem et Israël étaient alors en proie à une vague de violences quasiment quotidiennes.

L'affaire semble être l'un des cas les plus flagrants d'usage excessif de la force dont sont régulièrement accusées les forces israéliennes vis-à-vis des Palestiniens, en particulier en Cisjordanie occupée.

Un procès comme celui-ci d'Elor Azaria est cependant exceptionnel.

Le jeune soldat, constamment entouré des siens au cours des mois de débats, plaide non-coupable. Il pensait que le Palestinien dissimulait sous ses vêtements une ceinture d'explosifs, ont expliqué ses avocats.

Ils ont aussi argué, contre les conclusions de l'autopsie, que le Palestinien était déjà mort quand le sergent avait tiré.

L'accusation, au contraire, a réclamé sa condamnation pour homicide.

bur-lal/jri