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04/01/2017 00:44 EST | Actualisé 05/01/2018 00:12 EST

"Biens mal acquis": le procès de Teodorin Obiang à Paris reporté en juin

La justice française a accepté mercredi de reporter en juin le procès à Paris de Teodorin Obiang, fils du président de Guinée équatoriale et vice-président de son pays, accusé de s'être frauduleusement bâti en France un patrimoine considérable.

Le premier procès dans l'affaire des "biens mal acquis" se tiendra du 19 juin au 6 juillet. Neuf audiences sont prévues devant le tribunal correctionnel de Paris, qui a accédé à la demande de report de la défense.

Ancien ministre de l'Agriculture et des forêts, promu fin juin vice-président par son père Teodoro Obiang Nguema, le prévenu, âgé de 47 ans, est poursuivi pour blanchiment d'abus de biens sociaux, de détournement de fonds publics, d'abus de confiance et de corruption.

Il encourt jusqu'à dix ans d'emprisonnement et une amende qui pourrait atteindre quelque 50 millions d'euros, mais conteste les infractions qui lui sont reprochées.

Interrogé sur la présence de Teodorin Obiang au futur procès, l'un de ses avocats, Emmanuel Marsigny, a expliqué qu'il ne disposait pas de l'agenda officiel du vice-président équato-guinéen.

Ce dernier était absent lundi à l'ouverture des débats, qui devaient initialement se tenir jusqu'au 12 janvier. Mais ses avocats ont demandé le renvoi du procès, soulignant qu'ils n'avaient eu que huit semaines pour préparer l'audience, un délai trop court selon eux.

Le parquet national financier, comme l'avocat de l'association Transparency International, William Bourdon, étaient opposés au renvoi, y voyant une nouvelle "manoeuvre dilatoire". Et ce, dans une procédure où Teodorin Obiang a multiplié les voies de recours, principalement pour soutenir, jusque devant la Cour de cassation, qu'il serait protégé par une immunité diplomatique. En vain.

- Procédure internationale en cours -

Mais c'est une autre question que la présidente du tribunal, Bénédicte de Perthuis, a mise en exergue lundi. Elle s'est interrogée sur les conséquences d'une procédure encore en cours devant la Cour internationale de justice (CIJ) de La Haye.

Saisie par la Guinée équatoriale qui conteste les poursuites françaises contre son vice-président, la CIJ a rendu le 7 décembre une ordonnance à l'issue de laquelle la France doit assurer, pour l'instant, l'inviolabilité d'un luxueux immeuble saisi par la justice française. Malabo présente cet immeuble dans l'un des quartiers les plus huppés de Paris comme des locaux diplomatiques.

L'ordonnance de la CIJ empêcherait l'exécution d'une éventuelle mesure de confiscation, dans l'attente d'une décision sur le fond du dossier.

Néanmoins, le tribunal a décidé de ne pas attendre la décision sur le fond de la Cour internationale de justice.

Cet immeuble de l'avenue Foch, qui appartenait à Teodorin Obiang, a illustré les dépenses fastueuses du vice-président de ce petit pays pétrolier d'Afrique centrale. Un luxe hors du commun et un train de vie bien éloigné du quotidien de son pays du golfe de Guinée, dont plus de la moitié des habitants vivent sous le seuil de pauvreté.

Dans ces appartements, les robinets sont recouverts de feuilles d'or, le maître des lieux dispose d'un hammam, d'une salle de sport, d'une discothèque, d'un salon de coiffure, d'une salle de cinéma.

Plusieurs voitures de luxe et de sport (Porsche, Ferrari, Bentley, Bugatti) ont également été saisies et vendues aux enchères.

Quand il est à Paris, Teodorin Obiang, célibataire au look savamment étudié (lunettes noires, cheveux gominés, barbe taillée), dépense des mallettes entières de liquide chez les couturiers de l'avenue Montaigne.

Au terme de l'instruction, les juges ont estimé que son patrimoine, évalué à plus d'une centaine de millions d'euros, ne pouvait avoir été financé par ses seuls revenus officiels, mais était issu "des détournements de fonds publics", de la corruption.

La justice française enquête également sur les patrimoines bâtis en France par les familles de plusieurs autres dirigeants africains, celle de Denis Sassou Nguesso (Congo), du défunt Omar Bongo (Gabon) ou encore du président centrafricain déchu François Bozizé.

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