NOUVELLES
03/01/2017 08:16 EST | Actualisé 04/01/2018 00:12 EST

Brésil: chasse aux fugitifs après la sanglante mutinerie dans deux prisons

Les autorités brésiliennes étaient mardi à la chasse aux dizaines de fugitifs de deux prisons de Manaus (nord) au lendemain de la mutinerie qui a fait 56 morts, un massacre d´une extrême violence qui aurait été motivé par une "vengeance" entre gangs rivaux.

Au total, 184 détenus se sont enfuis de deux établissements de l'Etat d'Amazonie: 112 du complexe pénitencier Anisio Jobim Compaj, où le carnage a eu lieu, et 72 de l'Institut Penal Antonio Trindade (Ipat) voisin.

Selon les dernières informations des services de sécurité de l'État d'Amazonie, 40 d´entre eux ont d'ores et déjà capturés.

Un important dispositif de recherches a été mis en place pour retrouver les 144 encore en cavale, avec le blocage des principales voies d'accès aux prisons.

Une mobilisation dont l'efficacité a été mise en doute par une photo publiée sur Facebook par un internaute se présentant comme l'un de ces fugitifs, avec plus de 14.000 "j'aime", sans que son identité n'ait été confirmée officiellement.

"J'arrive, attention les célibataires", a-t-il écrit sous l'une des photos.

Les échos du massacre se sont propagés comme une traînée de poudre dans d'autres établissements pénitentiaires de la région, avec des débuts de mutineries, depuis contrôlés, dans deux d'entre eux.

Par ailleurs, quatre détenus sont morts dans l'Unité pénitentiaire de Puraquequara, autre prison amazonienne, mais les services de sécurité ont expliqué à l'AFP qu'il s'agissait d'un incident "isolé" dû à une bagarre entre détenus.

- Guerre des gangs -

Le massacre du Compaj est le plus sanglant en 25 ans dans une prison brésilienne, depuis celui de Carandiru, quand l'intervention de la police a fait 111 morts en 1992.

La mutinerie, pendant laquelle 12 surveillants ont été pris en otages, a duré 17 heures entre dimanche après-midi et lundi matin.

Le bilan extrêmement lourd est assorti de scènes de carnage insoutenables: plusieurs détenus ont été décapités et des piles de corps sans tête ont été retrouvés sur place.

L'état des corps complique l'identification des victimes, un calvaire pour les familles. Des dizaines de personnes sont massées depuis lundi devant l'institut médico-légal dans l'attente d'informations.

Le ministère de la Justice a informé mardi que les responsables du massacre étaient en cours d'identification et devraient être transférés dans des prisons fédérales à la sécurité renforcée.

Quelque 130 détenus ont été déjà été déplacés dans une prison publique rouverte pour l'occasion, a précisé le gouvernement de l'Etat d'Amazonie.

D'après les premiers éléments de l'enquête, la tuerie est considérée comme une "vengeance" du groupe local FDN (Familia do Norte), contre le PCC (Premier commando de la capitale), fondé à Sao Paulo.

Selon la police brésilienne, le FDN a commencé à se structurer en 2007, en réponse aux velléités d'expansion du PCC pour occuper le terrain dans cette région stratégique, à la frontière de la Colombie, du Pérou et de la Bolivie, pour contrôler la route de la cocaïne.

- Surpopulation -

En octobre, d'autres mutineries avaient déjà fait 33 morts dans deux prisons de la région amazonienne, dans les Etats de Rondonia, frontalier avec la Bolivie, et de Roraima, limitrophe avec le Venezuela, suite à des affrontements entre membres du PCC et du Comando Vermelho (CV), les deux principales factions criminelles du pays.

Sur fond de guerre des gangs, ce massacre prend aussi racine dans un autre problème fondamental du Brésil: la surpopulation carcérale.

Avec 622.000 détenus recensés par le ministère de la Justice fin 2014, le Brésil compte la quatrième population carcérale au monde, derrière les États-Unis, la Chine et la Russie.

Au niveau national, le taux d'occupation est de 167%, soit 1,67 détenu par place disponible, un chiffre qui s'élève à 2,59 en Amazonie, qui comptait 8.868 détenus en 2014.

Pour faire face à ce problème, le ministre de la Justice Alexandre de Moraes a rappelé mardi que le gouvernement fédéral avait transféré des fonds publics aux Etats pour créer 20.000 places supplémentaires pour "séparer les leaders, plus dangereux, des détenus moins dangereux".

Le ministre a aussi annoncé des investissements pour installer dans les prisons une technologie capable d'empêcher l'entrée de téléphones mobiles.

mel/nr/lg/ka/pg