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03/01/2017 12:15 EST | Actualisé 04/01/2018 00:12 EST

Attentat de Berlin: Berlin veut une refonte des services de sécurité

Le ministre allemand de l'Intérieur a dévoilé mardi les grandes lignes d'une réforme sur les expulsions de migrants et le renforcement du renseignement intérieur pour parer aux dysfonctionnements mis en évidence par l'attentat de Berlin.

Dans le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ), le ministre conservateur Thomas de Maizière a insisté sur la nécessité de renforcer les pouvoirs de l'Etat fédéral en matière de renseignements intérieurs, actuellement partagés par les 16 Etats régionaux.

Il a aussi proposé de renforcer les compétences de la police fédérale et de mettre sur pied un centre de crise chapeautant l'ensemble des services concernés par les questions sécuritaires liées aux migrants et l'antiterrorisme.

"L'Etat fédéral n'est pas compétent pour des catastrophes d'ampleur nationale" comme l'attentat du 19 décembre, qui a fait 12 morts, "les compétences en matière de lutte contre le terrorisme international sont éclatées", a-t-il regretté.

"Nous avons besoin de règles homogènes et d'une meilleure coordination", a-t-il souligné dans la FAZ, notamment pour la surveillance des individus classés "dangereux", à l'instar du Tunisien Anis Amri, auteur présumé de l'attaque à Berlin tué en Italie après trois jours de cavale.

"Nous avons besoin de compétences sur place, dans les Etats régionaux, mais aussi de plus de contrôle exercé par un Etat (fédéral) fort", a-t-il encore insisté mardi soir sur la chaîne publique ZDF.

Le patron du Parti social-démocrate (SPD) et vice-chancelier Sigmar Gabriel s'est lui montré critique des propositions du ministre, réclamant des mesures opérationnelles concrètes au lieu d'une "restructuration administrative" qui pourrait prendre des années.

L'attentat au camion-bélier sur un marché de Noël très fréquenté a mis au jour des failles du système existant, au point que les autorités allemandes ont été accusées de négligences et de s'être laissé berner par un militant islamiste avéré.

- Au coeur de la campagne électorale -

Anis Amri, qui avait fait allégeance à l'Etat islamique (EI), est parvenu à passer entre les mailles du filet en profitant notamment de l'éclatement des responsabilités en Allemagne. Il a aussi pu s'enfuir au nez et à la barbe des polices allemandes après l'attentat.

Bien qu'identifié de longue date comme individu susceptible de préparer un attentat, la police berlinoise avait cessé de s'intéresser à ses activités en septembre, faute d'éléments suffisants, alors que dans l'Ouest du pays on le considérait encore comme une menace.

Or dans un pays bouleversé par l'arrivée de plus d'un million de réfugiés depuis début 2015 et secoué par des attaques jihadistes, la sécurité devrait être au coeur de la campagne électorale en vue des législatives prévues en septembre.

Le dirigeant de l'Union chrétienne-sociale (CSU), parti frère de la CDU de la chancelière Angela Merkel, assure ainsi que la sécurité est "comme une épée de Damoclès" qui pourrait décider de l'issue du scrutin.

D'ailleurs, pour le conservateur Lorenz Caffier, le catalogue d'idées présenté par M. De Maizière "n'est lié qu'à la campagne électorale" et certaines d'entre elles ne "sont pas du tout abouties".

- Centres de rétention -

Autre réforme voulue par M. De Maizière: les expulsions des demandeurs d'asile déboutés, qui doivent "aller plus vite", a-t-il martelé sur ZDF.

Amri aurait dû être renvoyé dans son pays natal mais Tunis a tardé à fournir les documents nécessaires. Dans l'intervalle, et malgré les suspicions pesant contre lui, il avait été laissé en liberté.

Le ministre veut donc la mise en place de centres de rétention près des aéroports, où seront placées les personnes en voie d'expulsion pendant les semaines ou les jours précédant leur renvoi.

D'autres évènements ces derniers mois avaient déjà révélé nombre de problèmes.

En octobre, un réfugié syrien, qui avait échappé dans un premier temps à la police malgré une surveillance resserrée, avait réussi ensuite à se suicider en prison quelques jours après son placement en détention.

Fin novembre, un agent du renseignement intérieur avait été arrêté, soupçonné d'être un "islamiste présumé" qui avait proposé des informations sur le fonctionnement de son institution sur internet en vue d'un attentat.

En plein essor, la droite populiste Alternative pour l'Allemagne (AfD), qui a fait de ces questions un thème de prédilection, a qualifié de plagiat les propositions de M. de Maizière.

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