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29/12/2016 22:10 EST | Actualisé 30/12/2017 00:12 EST

"Nocturnal Animals", une histoire de vengeance à l'esthétique chic

Grand Prix du Jury à la dernière Mostra de Venise, "Nocturnal Animals" de Tom Ford mêle drame sentimental et thriller psychologique dans deux histoires imbriquées, où regrets et ressentiment président aux destinées d'Amy Adams et Jake Gyllenhaal, sur fond d'esthétique chic.

Amour, trahison, violence, vengeance sont les quatre points cardinaux du deuxième film du styliste et réalisateur américain, sept ans après son premier opus "A single man".

Adapté du roman "Tony et Susan" d'Austin Wright paru en 1993, le film met en scène Amy Adams ("American Bluff", "Premier contact") en beauté glaciale dans le rôle de Susan, une galeriste d'art lassée par son travail et délaissée par son époux. Elle s'ennuie dans sa villa luxueuse de Los Angeles, mais son existence est bouleversée lorsqu'elle reçoit un manuscrit de son ex-mari Edward, interprété par Jake Gyllenhaal ("Le Secret de Brokeback Mountain").

Ce manuscrit raconte la descente aux enfers de Tony (également interprété par Gyllenhaal), dont la femme et la fille ont été enlevées sous ses yeux impuissants sur une route texane, avant d'être ensuite assassinées. Aidé par un officier de police taciturne (Michael Shannon), il entreprend de se venger des malfrats.

A la lecture de cette histoire cruelle et sordide, Susan décèle des indices manifestement disséminés à son intention par l'auteur, voués à faire ressurgir des souvenirs douloureux, des émotions enfouies. Ces séquences de flashback la ramènent alors à l'époque où elle s'est mise en couple avec Edward, jusqu'à leur séparation.

Parmi ces indices figure notamment un sofa rouge, sur lequel Tony retrouve les cadavres nus de sa femme et sa fille. Susan se remémore alors cette soirée, où assise sur ce même canapé, elle exprimait froidement son désintérêt pour un texte qu'Edward lui faisait lire et lui manifestait son mépris face à son manque d'ambition.

- Faiblesse masculine -

La rancoeur d'Edward envers Susan transpire à chaque page de ce roman qu'il lui a dédicacé. Mais contre toute attente, l'émotion étreint son ex-femme au point de raviver en elle la flamme.

"Nocturnal Animals" bénéficie d'une forme à l'esthétique très soignée. "Le style sans fond n'a aucun intérêt mais il est primordial pour la construction des personnages, aussi bien pour les acteurs que pour les spectateurs. C'est pour cela que je le peaufine", explique Tom Ford dans ses notes d'intention.

Cela n'empêche cependant pas le film sophistiqué de sonner vaguement creux, avec un air de déjà-vu peu à l'avantage de Tom Ford, qui ne parvient pas à se hisser au niveau des cinéastes auxquels il fait référence. Qui David Lynch pour son esthétique sombre, qui Pedro Almodovar pour l'art de sa narration alambiquée, qui Sam Peckinpah pour sa façon de traiter l'impuissance face à la violence dans "Les Chiens de Paille".

C'est pourtant dans cette dernière thématique que "Nocturnal Animals" devient un objet intrigant, avec le personnage de Tony, incapable de défendre sa famille face aux agresseurs ou même de tenter quoi que ce soit de désespéré.

Exposer pareille faiblesse masculine à l'écran est chose rare dans le cinéma actuel. Mais Tony finit cependant par forcer sa nature sous l'impulsion du policier qui l'accompagne, comme Edward parvient à prendre sa revanche sur Susan avec son livre.

Pour Tom Ford, "les personnages de Tony et Edward ne répondent pas aux stéréotypes de masculinité imposés par notre culture, et pourtant ils finissent par triompher".

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