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30/12/2016 02:30 EST | Actualisé 31/12/2017 00:12 EST

Kübler, le plus ancien vainqueur du Tour

Le Suisse Ferdi Kübler, qui est décédé, jeudi, à l'âge de 97 ans, était le plus ancien vainqueur du Tour de France qu'il avait remporté en 1950, trois ans après la reprise de l'après-guerre.

Coureur tempétueux et fier, l'aigle d'Adliswil avait enrichi par cette victoire spectaculaire (9 min 30 sec d'avance sur le Belge Stan Ockers) un palmarès impressionnant à une époque passant pour être l'âge d'or du cyclisme.

Ses adversaires s'appelaient Fausto Coppi et Gino Bartali, les "campionissimi" italiens, Louison Bobet, le fier champion breton, Hugo Koblet, l'autre "K" du cyclisme suisse avec lequel il noua l'une des rivalités nationales qui enflamment ce sport.

Tout séparait Koblet, le dieu blond magnifique vainqueur du Tour 1951, de Kübler, le diable noir. L'un était l'élégance incarnée, l'autre l'énergie et la générosité auxquelles il ajoutait panache et ambition.

"Notre rivalité nous incita à nous surpasser. Sans lui, je n'aurais jamais atteint certains sommets. Peu importe qui de nous fut le plus grand", disait Kübler dont le tempérament le portait aux actions les plus folles.

A Raphaël Géminiani lui conseillant la prudence dans le Tour 1955 avant d'attaquer le Ventoux, "un col pas comme les autres" selon la formule de l'Auvergnat, Kübler répondit en appuyant plus fort encore sur les pédales: "Ferdi, non plus, pas coureur comme les autres". La défaillance n'en fut que plus spectaculaire.

- 'Plus jamais pauvre' -

"Le contre-la-montre, le sprint, la montagne.... je savais tout faire", disait Kübler, qui regrettait d'avoir eu le début de sa carrière (il était né le 24 juillet 1919) entravé par les années de guerre.

Champion du monde en 1951 sur le circuit de Varèse (Italie), le Zurichois gagna cette année-là la Flèche Wallonne et Liège-Bastogne-Liège, deux classiques qui se disputaient à l'époque sur deux journées consécutivement, le célèbre week-end ardennais. Douze mois plus tard, il récidivait dans un "doublé" demeuré fameux.

"Je suis devenu champion parce que j'étais pauvre", avait-il expliqué à l'Equipe Magazine à l'occasion du centenaire du Tour (2003). "Je luttais pour manger, pour avoir une vie meilleure. J'ai gagné le Tour de France parce que j'en ai rêvé, parce que je savais qu'après je ne serais plus jamais pauvre".

De ce Tour 1950 marqué par le départ volontaire des deux sélections nationales italiennes à cause de Bartali qui s'était senti menacé dans Aspin, Kübler disait: "A l'arrivée à Paris, mon père n'était pas là. Cela ne l'intéressait pas. Ma mère était morte (une chute à vélo trois ans plus tôt, ndlr). J'étais toujours seul, c'est triste. Mais c'était ma victoire à moi, ma vie à moi."

Il reconnaissait avoir souffert de devoir arrêter sa carrière en 1957: "Ne plus être sur le Tour ni sur un podium, c'est ne plus être nulle part. Cela m'a fait mal. Elle passe trop vite, la vie."

Kübler, devenu fleuriste, était resté très populaire en Suisse. Au point de faire figure, bien avant que ce terme soit à la mode, de véritable icône publicitaire dans son pays.

jm/fbr/jcp