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21/12/2016 11:06 EST | Actualisé 22/12/2017 00:12 EST

Vote en Caroline du Nord pour clore la "bataille des toilettes"

La Caroline du Nord votait mercredi sur l'abrogation d'une loi polémique obligeant les personnes transgenres à utiliser les toilettes correspondant à leur sexe à la naissance, dont l'introduction a provoqué un débat houleux à travers les Etats-Unis.

"Non à la haine dans mon Etat", pouvait-on lire sur l'une des pancartes brandies par quelques manifestants rassemblés devant l'Assemblée générale à Raleigh, capitale de cet Etat du sud-est américain.

A l'intérieur, les parlementaires étaient réunis depuis de longues heures pour un vote décisif sur l'abrogation de cette loi introduite en mars et obligeant les personnes transgenres à utiliser, dans les bâtiments administratifs et les écoles, les toilettes correspondant à leur sexe à la naissance et non à celui auquel elles s'identifient.

Extrêmement sensible, ce dossier agite la vie politique de la Caroline du Nord. La "bataille des toilettes" a d'ailleurs fortement pesé sur les élections locales, qui ont vu le gouverneur républicain sortant, initiateur de la loi, s'incliner le 8 novembre devant un démocrate qui l'avait vigoureusement dénoncé.

Concernant une infime minorité mais fortement symbolique, la loi a été jugée discriminatoire par de nombreuses personnalités.

Bruce Springsteen, Cindy Lauper ou encore le Cirque du Soleil ont annulé des représentations en Caroline du Nord tandis que de grandes institutions sportives, comme la NBA, ont préféré organiser ailleurs leurs rencontres. Le groupe Paypal a lui renoncé à un projet d'investissement et une centaine de dirigeants de grandes entreprises, dont Apple, Bank of America ou Facebook, ont écrit au gouverneur sortant pour protester.

Après les élections, démocrates et républicains sont finalement parvenus à un accord pour voter sur son abrogation, en échange de l'annulation d'une norme municipale de la ville de Charlotte, également dans cet Etat, qui luttait au contraire contre les discriminations.

- Trump, pour la tolérance -

Le gouverneur sortant, Pat McCrory, a donc dû convoquer une séance extraordinaire à l'Assemblée.

Une victoire pour son successeur, le démocrate Roy Cooper. "L'abrogation totale permettra de faire revenir les emplois ainsi que les événements sportifs et de divertissement, et offrira l'occasion d'introduire une solide protection des personnes LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres) dans notre Etat", avait-il estimé sur Twitter lundi.

Le débat a largement dépassé les frontières de la Caroline du Nord, beaucoup de progressistes estimant aux Etats-Unis que des mesures de ce type ont été adoptées comme une riposte de la part des conservateurs à la consécration du mariage gay par la Cour suprême en 2015.

A l'échelle fédérale, le gouvernement sortant de Barack Obama affirme lui que l'accès aux toilettes du système éducatif public doit se faire selon le sexe auquel un élève s'identifie. Mais l'idée est fermement combattue par plusieurs Etats républicains, qui dénoncent une intromission de l'administration centrale dans leurs affaires et ont entamé des poursuites en justice.

"L'objectif des guerres des toilettes: humilier la majorité normale des Américains", titrait ainsi en avril une tribune sur le site d'extrême droite Breitbart, dont le patron à l'époque, Steve Bannon, est maintenant un haut conseiller du président élu Donald Trump.

"Bienvenue dans le monde de l'Amérique totalitaire, où même aller aux toilettes et identifier le sexe d'un adulte sont désormais des actes intensément politiques", ajoutait l'article.

S'il a multiplié les déclarations jugées discriminatoires pendant la campagne contre les musulmans, les Hispaniques et les femmes, Donald Trump s'est sur ce sujet posé en champion de tolérance en déclarant que les personnes transgenres devraient pouvoir utiliser les toilettes qu'elles veulent.

Célébrissime militante aux Etats-Unis pour les droits des personnes transgenres et républicaine assumée, Caitlyn Jenner (née Bruce Jenner, ancien champion olympique), avait ainsi déclaré en juin que Donald Trump semblait "très favorable aux femmes" et aux personnes LGBT.

La Cour suprême des Etats-Unis est à son tour entrée dans le débat en octobre, en annonçant qu'elle déciderait dans quels W.-C. doivent aller les personnes transgenres, par le biais du dossier d'un adolescent de Virginie. Une nouvelle affaire ultrasensible qui sera plaidée d'ici fin juin.

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