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21/12/2016 08:43 EST | Actualisé 22/12/2017 00:12 EST

GB : Pas de libération sous caution pour le soldat condamné pour crime de guerre

Un tribunal londonien a refusé mercredi de libérer sous caution un soldat condamné à perpétuité en 2013 pour avoir exécuté un taliban blessé en Afghanistan, une affaire qui divise le Royaume-Uni.

La décision des juges concernant le "Marine A" a été accueillie avec stupeur dans la salle de la Cour de justice royale, où plusieurs dizaines de vétérans et de soutiens du militaire avaient pris place.

Également présente, sa femme, Claire Blackman, s'est dite "déçue par les juges" à la sortie du tribunal, reportant ses espoirs sur le procès en appel qui aura lieu en 2017.

"Je suis triste. C'est un bon gars", a déclaré à l'AFP un ancien militaire entièrement vêtu de noir, qui affirme avoir combattu au côté d'Alexander Blackman lors de l'invasion de l'Irak en 2003. "Je m'attendais à une libération sous caution au vu de son état psychologique de l'époque. Il était bouleversé par les combats rapprochés", a ajouté l'homme, qui a requis l'anonymat.

"C'est une injustice. Les juges auraient dû faire preuve de compassion", a regretté Raymond Stringer, autre vétéran de l'armée britannique âgé 61 ans, jugeant lui aussi que le sergent Blackman souffrait de troubles psychiques au moment des faits.

Condamné en 2013 à la prison à perpétuité, assortie d'une peine de sûreté de huit ans, le sergent Alexander Blackman, alias "Marine A", est en prison depuis trois ans pour avoir achevé à bout pourtant un insurgé taliban grièvement blessé dans l'attaque d'un hélicoptère Apache, le 15 septembre 2011 dans la province afghane du Helmand.

"Dépouille-toi de cette enveloppe mortelle, connard. T'en ferais autant", avait déclamé ce Royal Marine de 42 ans, paraphrasant Shakespeare avant de faire feu, selon les images tournées par la caméra fixée sur le casque d'un autre soldat.

- 'Violer la Convention de Genève' -

Le sergent, présent par visioconférence mercredi depuis la prison d'Erlestoke, dans le sud-est de l'Angleterre, s'était ensuite retourné vers ses hommes : "Évidemment, ça reste entre nous les gars. Je viens de violer la Convention de Genève" sur le traitement des prisonniers de guerre, leur avait-il lancé.

Le militaire a été condamné deux ans plus tard devant une cour martiale à la réclusion à perpétuité avec une période de sûreté de dix ans, ramenée à huit ans en 2014, devenant le premier soldat britannique à être convaincu de meurtre sur un champ de bataille depuis la Seconde Guerre mondiale.

"Vous avez trahi et porté atteinte à la réputation des forces armées britanniques" avec ce "meurtre de sang-froid", lui avait lancé le juge en le condamnant à la réclusion à perpétuité avec une période de sûreté de dix ans, ramenée à huit ans en 2014.

"Un meurtre est un meurtre", commente Nicholas Houghton, alors chef de l'armée britannique, lui refusant toute circonstance atténuante.

Rapidement, des vétérans se sont toutefois mobilisés pour dénoncer une peine beaucoup trop lourde. Ils souhaitaient qu'il puisse sortir de prison pour fêter Noël avec sa femme.

Mercredi, des dizaines d'anciens combattants se sont réunis devant la Cour de justice royale pour demander la libération du militaire, alors que des personnalités comme le député Richard Draw et le romancier Frederick Forsyth avaient même proposé de payer la caution de 200.000 livres.

Les deux juges de la Cour martiale d'appel ont douché leurs espoirs, mais les soutiens du Marine espèrent désormais une victoire lors du procès en appel.

Le sergent Blackman a toujours nié avoir commis un meurtre, en assurant qu'il croyait le taliban déjà mort. Lors du procès en appel, ses avocats espèrent requalifier le crime en homicide involontaire et s'appuient sur un rapport de la Royal Navy suggérant que le sergent Blackman souffrait de stress post-traumatique lorsqu'il a achevé l'insurgé afghan.

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