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21/12/2016 06:11 EST | Actualisé 22/12/2017 00:12 EST

Gambie: Jammeh maintient qu'il reste au pouvoir, malgré les concessions de l'opposition

La perspective d'une sortie rapide de l'impasse post-électorale en Gambie semblait s'éloigner mercredi, Yahya Jammeh ayant réitéré son refus de céder le fauteuil de président sans décision de la justice sur son recours, en dépit des assurances de l'opposition qu'il ne serait pas poursuivi après son départ.

M. Jammeh, qui a gouverné 22 ans sans partage ce petit pays de moins de deux millions d'habitants en Afrique de l'ouest, avait dans un premier temps reconnu sa défaite à l'élection présidentielle du 1er décembre, remportée selon les résultats officiels par l'opposant Adama Barrow, qu'il avait félicité le 2 décembre.

Puis il a fait volte-face le 9 décembre, annonçant qu'il contestait désormais les résultats et exigeait un nouveau vote en raison notamment d'"erreurs inacceptables" de la commission électorale.

Depuis ce revirement, il est sous pression de plusieurs pays et institutions, dont la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao, 15 pays) et l'ONU, qui lui demandent de céder le fauteuil à l'expiration de son mandat, soit le 19 janvier selon les délais constitutionnels, et de permettre une transition apaisée.

Pour l'en convaincre, la Cédéao avait dépêché une délégation de quatre chefs d'Etats à Banjul le 13 décembre, accompagnée d'un représentant de l'ONU. Sans succès.

Le même jour, le parti de M. Jammeh a saisi la Cour suprême pour demander l'annulation des résultats accordant la victoire à M. Barrow. Un recours qui, de l'avis d'experts, lui permet de gagner du temps car en raison de limogeages décidés par Yahya Jammeh, la Cour suprême manque depuis mai 2015 de juges pour siéger, à l'exception de son président nigérian, Emmanuel Fagbenle.

Et c'est au chef de l'Etat qu'appartient de désigner, sur proposition d'un Conseil supérieur de la magistrature, les juges manquants. Aucun calendrier n'était disponible mercredi sur l'évolution de cette procédure judiciaire.

Réunie le 17 décembre en sommet à Abuja, la Cédéao a réitéré sa demande à M. Jammeh et a également décidé de "garantir la sécurité et la protection" de M. Barrow. Les onze chefs d'Etat présents à ce sommet ont décidé de se rendre à Banjul pour son investiture le 19 janvier.

Dans un communiqué commun mardi, les ambassadeurs du Royaume-Uni, des Etats-Unis de l'Union européenne et de l'Espagne ont affirmé leur soutien aux décisions de la Cédéao et exhorté "tous les acteurs, en Gambie et à l'étranger" à faire preuve de retenue.

- 'Pas d'investiture le 19 janvier' -

Cependant, courant décembre, le président de la Commission de la Cédéao, Marcel Alain de Souza, avait fait état de "décisions plus draconiennes" possibles si la diplomatie échouait, qualifiant l'option militaire de "solution envisageable".

"La Cédéao essaie de me pousser dehors. Cela n'arrivera pas", a martelé Yahya Jammeh dans une déclaration diffusée tard mardi soir par la télévision publique gambienne, alors qu'il rencontrait des membres de la Fédération des barreaux africains.

Dans une longue diatribe, il a dénoncé pêle-mêle ses opposants, l'Occident, des organisations à la solde de puissances étrangères et des "menaces" à son encontre. Il a aussi accusé la Cédéao d'être manipulée par un "gouvernement étranger" non africain qu'il n'a pas identifié.

"Tant que la Cour n'aura pas rendu sa décision sur cette affaire, il n'y aura pas d'investiture le 19 janvier. Et nous verrons ce que la Cédéao et les grandes puissances derrière elle pourront faire", a-t-il soutenu, en prévenant: "ce conflit ne pourra être réglé pacifiquement s'il y a des menaces".

De son côté, l'opposition a semblé lui tendre la perche mardi.

Halifa Sallah, porte-parole de la coalition soutenant Adama Barrow, a assuré qu'il ne sera pas inquiété par la justice après son départ du pouvoir, alors que beaucoup en Gambie espèrent le voir jugé pour les nombreuses violations des droits de l'homme dont son régime est accusé.

La Cédéao a demandé si le prochain pouvoir "envisageait de poursuivre Yahya Jammeh. Il n'y a aucune indication de menace ou de nécessité de menace (de poursuites) contre" lui, a déclaré à l'AFP mardi soir M. Sallah.

"La coalition et le président élu Adama Barrow n'ont jamais rien indiqué qui puisse être considéré comme une menace contre" lui, il sera traité "comme un ancien chef d'Etat" après son départ du pouvoir, a-t-il ajouté.

La semaine dernière, le président sénégalais Macky Sall avait recommandé de faire primer la paix civile sur les revendications de justice en Gambie, totalement enclavée dans le Sénégal à l'exception d'une façade sur l'Atlantique, pour ne pas avoir à payer un "coût (...) beaucoup plus important".

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