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19/12/2016 05:58 EST | Actualisé 20/12/2017 00:12 EST

RDC: dans les bastions de l'opposition à Kinshasa, "le silence cache la colère"

"Ce silence cache la colère, c'est synonyme que demain sera mauvais" : pour Moïse le lycéen, le calme inhabituel qui règne dans Kinshasa lundi, au dernier jour de mandat du président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila, est un mauvais présage.

Assis sur sa chaise en plastique devant une boutique du quartier Mombele, un des bastions de l'opposition au président Kabila, le jeune homme de 20 ans discute avec un autre client, de vingt ans son aîné. "Ça ne va pas, ce n'est pas animé aujourd'hui", soupire ce dernier.

Alors que les négociations pour une transition politique sont dans l'impasse et ont été mises en suspens, l'opposition n'a pas mis à exécution sa menace de faire descendre le peuple dans la rue le 19 décembre pour faire partir le chef de l'État, qui entend rester au pouvoir après l'échéance de son mandat.

Mais par crainte de violences et de pillages, les Kinois sont restés massivement chez eux lundi, mettant en sourdine l'habituel vacarme de cette mégapole de 10 millions d'habitants et vidant ses artères habituellement saturées.

"Les gens vivent dans la psychose", rumine le quadragénaire, "déçu". "Regardez !", lance-t-il en montrant un pick-up rempli de policiers en armes qui passe: "Ils sont là depuis trois jours".

Comme dans toute la capitale congolaise, d'importants contingents de forces de l'ordre quadrillent le quartier, soldats ou policiers en patrouille ou postés aux carrefours.

"Il devrait y avoir un message de calme, mais malheureusement il n'existe pas. C'est un message d'intimidation", peste "l'ancien", qui n'imagine plus l'alternance par une autre voie qu'un "coup de force".

"Le dialogue, ça fait des années qu'on vit avec. Pour quel résultat ?" interroge-t-il.

- 'On attend' -

Moïse non plus ne croit pas aux négociations menées depuis le 8 décembre sous l'égide des évêques catholiques congolais (Cenco).

"Tout ça, c'est pour gagner du temps. Kabila, ça se termine à minuit. Demain (mardi), je ferai la fête parce que ce sera fini", sourit-il.

Quand on lui objecte que M. Kabila - qui a prêté serment pour son second mandat le 20 décembre 2011 à la mi-journée - sera certainement encore au pouvoir mardi, son visage redevient sérieux: "Alors on ira le chercher là où il se cache".

"S'il s'agit de mourir pour notre pays, on va mourir. On va faire respecter la Constitution", assure-t-il.

L'écho de ses propos résonne jusque dans les rues vides de la commune voisine de Limete, fief de la figure historique de l'opposition Étienne Tshisekedi.

"Demain, je crierai, je sifflerai, je chanterai parce que ce sera fini. On est fatigué de ce monsieur (Kabila). Nous, on souffre et lui, il bouffe l'argent du pays", sourit un vieil homme, assis sur un trottoir avec une dizaine de personnes de tous âges.

Tous n'ont que faire de l'arrêt de la Cour constitutionnelle autorisant M. Kabila à rester en fonctions au-delà du terme de son mandat jusqu'à ce que son successeur soit élu.

Pour eux, le mandat du président prend fin ce soir "à 23h59 et 59 secondes". S'il veut rester au pouvoir après minuit, "il faudra tous nous tuer", affirme sans détour un adolescent à côté.

D'ici là, "on attend", confie ce jeune vendeur ambulant, en regardant le boulevard Lumumba, aux deux fois trois voies inhabituellement désertes.

"On attend ici parce qu'il n'y a presque pas de transports aujourd'hui", explique-t-il: "Et même si on allait faire un peu de commerce, on vendrait à qui ? Tout le monde est à la maison."

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