NOUVELLES
19/12/2016 01:17 EST | Actualisé 20/12/2017 00:12 EST

Pologne: les conservateurs voudraient désamorcer la crise sans céder sur l'essentiel

Le président polonais Andrzej Duda tentait lundi de ramener le calme sur la scène politique, alors que des députés d'opposition, occupant depuis vendredi l'hémicycle, protestaient contre des restrictions imposées à la presse parlementaire et un vote "illégal" du budget.

Dimanche, une manifestation organisée par le Comité de défense de la démocratie (KOD) en soutien aux députés d'opposition enfermés au Parlement a réuni plusieurs milliers de personnes devant le bâtiment jusque tard dans la soirée. Une manifestation un peu moins importante des partisans du gouvernement s'est déroulée devant le palais présidentiel.

M. Duda, qui a lancé un appel au calme et proposé sa médiation dans ce volet de la crise politique générale opposant le parti conservateur Droit et Justice (PiS) au pouvoir à l'opposition centriste et libérale, devait s'entretenir en début d'après-midi avec le chef du PiS Jaroslaw Kaczynski, considéré comme l'homme le plus influent du pays et bête noire de l'opposition.

A Cracovie, des manifestants se sont jetés par terre pour bloquer sa voiture, alors qu'il cherchait à se rendre sur la tombe de son frère, le président Lech Kaczynski, mort dans la catastrophe aérienne de Smolensk en 2010.

D'après des déclarations de M. Kaczynski, qui devait être accompagné par le président de la Diète (chambre basse) Marek Kuchcinski, le PiS serait prêt à revoir le nouveau règlement concernant la liberté de travail des médias au Parlement.

Mais entre temps, le conflit s'est étendu à un autre sujet. Alors que des députés d'opposition occupaient vendredi la tribune de l'hémicycle pour défendre les journalistes, le président de la Diète a fait voter par le PiS le budget de l'Etat pour 2017 dans une autre salle, privée de machines de vote électronique.

- Vote "illégal" ? -

L'opposition n'a pas participé à ce vote et ses ténors ont jugé qu'il était "illégal" à plusieurs titres, affirmant qu'il n'y avait pas eu débat ni possibilité de poser des questions et que le quorum n'avait pas été vérifié ce qui, selon eux, invaliderait le résultat.

Ils ont donc exigé que le budget soit voté à nouveau dans des conditions normales, ce que le président du PiS a immédiatement refusé.

Du côté du parti au pouvoir, où l'on défend la légalité de l'adoption du budget, s'appuyant sur des experts constitutionnalistes, certains députés ont lié la montée de tension au vote d'une autre loi passée dans les mêmes conditions, celle réduisant fortement les retraites des anciens membres de la police politique communiste.

La journée de lundi marquait une autre étape importante dans la crise entre le pouvoir et l'opposition, avec l'expiration du mandat du président du Tribunal constitutionnel Andrzej Rzeplinski, bête noire des conservateurs.

- Batailles complexes -

Dès leur arrivée au pouvoir à l'issue des législatives d'octobre 2015, les conservateurs ont considéré que le Tribunal, où les juges élus par les libéraux étaient majoritaires, risquait de devenir le principal obstacle à leurs réformes préparées au nom du "bon changement". Des batailles légales complexes ont suivi, causant des inquiétudes pour l'Etat de droit en Pologne, exprimées aussi au niveau du Conseil de l'Europe et de la Commission européenne.

Ce conflit institutionnel a donné naissance à un mouvement populaire, le Comité de défense de la démocratie (KOD) qui a réussi à organiser plusieurs importantes manifestations en soutien au Tribunal tout au long de l'année.

Mais, invoquant la souveraineté totale du Parlement, les conservateurs ont voté des lois permettant dans la pratique de mettre au pas cette institution chargée de veiller au respect de la Constitution et de mettre à sa tête un juge de leur choix.

Ces lois qui régissent le fonctionnement du tribunal constitutionnel devaient être promulguées lundi par le président Duda. Il est pratiquement certain que le chef de l'Etat, issu du PiS, les approuve, ignorant un dernier appel que M. Rzeplinski lui a adressé dimanche pour demander que ces textes soient réexaminés par le Tribunal.

via/sw/rap