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19/12/2016 12:30 EST | Actualisé 20/12/2017 00:12 EST

Pologne: le pouvoir renonce aux restrictions frappant la presse parlementaire

Le président polonais Andrzej Duda a annoncé lundi soir que le parti au pouvoir allait abandonner son projet d'imposer des restrictions à la presse parlementaire, qui avait provoqué des manifestations de rue et l'occupation de l'hémicycle par l'opposition.

"Droit et Justice (PiS) a retiré sa proposition qui a été à l'origine, en fait, du différend que nous avons observé au Parlement", a déclaré dans la soirée le chef de l'Etat à la télévision publique TVP. "Je lance un appel pour que le différend ne dégénère pas, l'escalade est nuisible", a-t-il ajouté.

M. Duda, qui a rencontré dimanche les leaders de l'opposition puis lundi le président du PiS Jaroslaw Kaczynski, considéré comme l'homme le plus influent du pays et bête noire de l'opposition, a appelé les députés d'opposition à faire "un geste de bonne volonté" et à quitter le parlement.

La crise politique en Pologne s'est aggravée la semaine dernière après l'annonce de restrictions empêchant notamment les journalistes de filmer ou photographier les députés dans l'hémicycle et limitant à deux le nombre d'accrédités permanents par média. En outre, le vote du budget 2017 survenu vendredi soir dans une situation chaotique inédite a été jugé "illégal" par l'opposition.

- Vote jugé "illégal" -

C'est le conflit sur les médias qui a conduit les députés d'opposition à occuper la tribune de l'hémicycle. Le président de la Diète a fait alors voter par le PiS le budget de l'Etat pour 2017 dans une autre salle, privée de machines de vote électronique.

L'opposition n'a pas participé à ce vote et ses ténors ont jugé qu'il était "illégal" à plus d'un titre, affirmant qu'il n'y avait pas eu débat ni possibilité de poser des questions et que le quorum n'avait pas été dûment vérifié, ce qui selon eux invaliderait le résultat.

Depuis vendredi, un groupe de députés d'opposition occupe l'hémicycle et plusieurs manifestations se sont déroulées à Varsovie et dans d'autres villes polonaise en soutien aux journalistes et députés d'opposition. Dimanche, une manifestation organisée par le Comité de défense de la démocratie (KOD) avait réuni plusieurs milliers de personnes devant le bâtiment jusque tard dans la soirée. Une manifestation un peu moins importante des partisans du gouvernement s'était déroulée devant le palais présidentiel.

Les deux principaux partis d'opposition, Nowoczesna (libéral) et Plateforme civique (PO, centriste), ont saisi la justice lundi, accusant le président de la Diète d'avoir outrepassé ses compétences lors du vote du budget et d'une autre loi.

Le chef du groupe parlementaire conservateur, Ryszard Terlecki, a rejeté par avance ces reproches, affirmant que leurs auteurs "se ridiculisaient".

Les deux partis d'opposition exigent que le budget soit voté à nouveau dans des conditions normales, ce que le président du PiS a immédiatement refusé.

- Obstacle aux réformes -

La journée de lundi a marqué une autre étape importante dans la crise entre le pouvoir et l'opposition, avec l'expiration du mandat du président du Tribunal constitutionnel Andrzej Rzeplinski, bête noire des conservateurs.

Dès leur arrivée au pouvoir à l'issue des législatives d'octobre 2015, les dirigeants du PiS ont considéré que le Tribunal, où les juges élus par les libéraux étaient majoritaires, risquait de devenir le principal obstacle à leurs réformes. Des batailles législatives et légales complexes ont suivi, causant des inquiétudes pour l'Etat de droit en Pologne, exprimées aussi au niveau du Conseil de l'Europe et de la Commission européenne.

Ce conflit institutionnel a donné naissance à un mouvement populaire, le Comité de défense de la démocratie (KOD), qui a réussi à organiser plusieurs importantes manifestations en soutien au Tribunal tout au long de l'année.

Mais, invoquant la souveraineté totale du Parlement, les conservateurs ont voté des lois permettant dans la pratique de mettre bientôt au pas cette institution chargée de veiller au respect de la Constitution et de placer à sa tête un juge de leur choix.

via/bo/glr