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19/12/2016 05:40 EST | Actualisé 20/12/2017 00:12 EST

Pologne: la crise faiblit sur les médias et se renforce sur le budget

Le président polonais Andrzej Duda tentait lundi de ramener le calme sur la scène politique, alors que des députés d'opposition occupent depuis vendredi l'hémicycle pour protester contre des restrictions imposées à la presse parlementaire et un vote "illégal" du budget.

Les deux principaux partis d'opposition, Nowoczesna (libéral) et Plateforme civique (PO, centriste), ont saisi la justice, accusant le président de la Diète d'avoir outrepassé ses compétences lors de ce vote survenu vendredi soir dans une situation chaotique inédite.

Le chef du groupe parlementaire conservateur, Ryszard Terlecki, a rejeté par avance ces reproches, affirmant que leurs auteurs "se ridiculisaient".

Dimanche, une manifestation organisée par le Comité de défense de la démocratie (KOD) en soutien aux députés d'opposition enfermés au Parlement avait réuni plusieurs milliers de personnes devant le bâtiment jusque tard dans la soirée. Une manifestation un peu moins importante des partisans du gouvernement s'était déroulée devant le palais présidentiel.

M. Duda a lancé dimanche un appel au calme et offert sa médiation dans ce nouveau chapitre de la crise politique générale opposant depuis des mois le parti conservateur Droit et Justice (PiS) au pouvoir à l'opposition centriste et libérale. Il s'est entretenu lundi en début d'après-midi avec le chef du PiS Jaroslaw Kaczynski, considéré comme l'homme le plus influent du pays et bête noire de l'opposition.

Rien n'a filtré dans l'immédiat sur cet entretien auquel a participé aussi le président de la Diète Marek Kuchcinski.

Sur un autre front, une éclaircie se dessinait sur la question de la liberté de travail des médias au Parlement. Ayant rencontré des représentants des journalistes, le président du Sénat Stanislaw Karczewski a assuré que l'ancien système resterait en vigueur, en attendant que de nouvelles propositions soient présentées d'ici au 6 janvier, qui feraient ensuite l'objet de consultations.

L'annonce de restrictions empêchant notamment les journalistes de filmer ou photographier les députés dans l'hémicycle et limitant à deux le nombre d'accrédités permanents par média avaient suscité des protestations tant des journalistes que de l'opposition.

- Vote 'illégal' ? -

C'est ce conflit qui a tout déclenché vendredi, conduisant les députés d'opposition à occuper la tribune de l'hémicycle. Le président de la Diète a fait alors voter par le PiS le budget de l'Etat pour 2017 dans une autre salle, privée de machines de vote électronique.

L'opposition n'a pas participé à ce vote et ses ténors ont jugé qu'il était "illégal" à plusieurs titres, affirmant qu'il n'y avait pas eu débat ni possibilité de poser des questions et que le quorum n'avait pas été dûment vérifié ce qui, selon eux, invaliderait le résultat.

Les deux partis d'opposition exigent que le budget soit voté à nouveau dans des conditions normales, ce que le président du PiS a immédiatement refusé. Une étape décisive est attendue mardi, quand le budget - s'il est définitivement considéré comme adopté - devrait être examiné par le Sénat.

La journée de lundi a marqué une autre étape importante dans la crise entre le pouvoir et l'opposition, avec l'expiration du mandat du président du Tribunal constitutionnel Andrzej Rzeplinski, bête noire des conservateurs.

Dès leur arrivée au pouvoir à l'issue des législatives d'octobre 2015, les conservateurs ont considéré que le Tribunal, où les juges élus par les libéraux étaient majoritaires, risquait de devenir le principal obstacle à leurs réformes. Des batailles législatives et légales complexes ont suivi, causant des inquiétudes pour l'Etat de droit en Pologne, exprimées aussi au niveau du Conseil de l'Europe et de la Commission européenne.

Ce conflit institutionnel a donné naissance à un mouvement populaire, le Comité de défense de la démocratie (KOD) qui a réussi à organiser plusieurs importantes manifestations en soutien au Tribunal tout au long de l'année.

Mais, invoquant la souveraineté totale du Parlement, les conservateurs ont voté des lois permettant dans la pratique de mettre bientôt au pas cette institution chargée de veiller au respect de la Constitution et de mettre à sa tête un juge de leur choix.

via/sw/prh