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19/12/2016 10:57 EST | Actualisé 20/12/2017 00:12 EST

La RDC au ralenti, tensions dans l'est et Kinshasa avant la fin du mandat de Kabila

Placées sous surveillance policière et militaire, la plupart des grandes villes ont tourné au ralenti lundi en République démocratique du Congo, où des millions d'habitants ont jugé prudent de rester chez eux à la veille du terme du mandat du président Joseph Kabila.

Selon le Bureau conjoint de l'Onu aux droits de l'homme en RDC, 28 personnes ont cependant été arrêtées lundi dans la capitale, 41 à Goma (est) et cinq à Bukavu (est).

Et à Butembo, dans l'est du pays déchiré par des conflits armés depuis plus de vingt ans, treize personnes ont été tuées dans des affrontements entre forces de l'ordre et une milice, selon un nouveau bilan, donné par le commandant de la police locale, sans qu'un lien puisse être établi avec la crise politique provoquée par le maintien au pouvoir de Kabila.

Avec de nombreux commerces fermés et ses rues désertes, la bouillonnante capitale Kinshasa, mégapole de 10 millions d'habitants, avait tout d'une ville morte, au moment où l'opposition conteste la volonté du chef de l'État de se maintenir au pouvoir en attendant l'élection d'un successeur.

Coutumière des violences meurtrières à caractère politique, la ville est quadrillée depuis plusieurs jours par policiers et soldats.

Exception dans ce calme ambiant, la situation a été tendue dans la matinée à l'Université de Kinshasa, où des dizaines de policiers armés et de soldats ont contenu plusieurs centaines d'étudiants, selon des journalistes de l'AFP. Le calme est revenu dans l'après-midi.

Le président d'un petit parti d'opposition, Franck Diongo, a été arrêté, accusé d'avoir séquestré trois membres de la Garde républicaine, a annoncé le conseiller diplomatique du président, Barnabé Kikaya Bin Karubi.

- Attaque de milice -

Lubumbashi, deuxième ville du pays (sud-est) et fief de l'opposant en exil Moïse Katumbi, était également sous la coupe réglée des forces de l'ordre, selon le correspondant de l'AFP. La circulation était faible et la plupart des commerces fermés.

A Butembo (est), la population a été réveillée par des détonations et des rafales d'armes automatiques. Selon la police locale, neuf assaillants, un Casque bleu sud-africain, un militaire et un policier ainsi qu'un civil ont été tués, dans une attaque finalement repoussée contre plusieurs bâtiments de la ville, dont la prison.

Cette ville de 1,1 million d'habitants a vu apparaître récemment des milices, dont certains combattants disent vouloir chasser du pouvoir le président Kabila.

Kisangani, la grande ville du nord-est, tournait elle aussi au ralenti, sous la vigilance des forces de l'ordre, selon un journaliste de l'AFP.

A Mbuji-Mayi (centre), troisième ville du pays et bastion de l'UDPS, formation de l'opposant historique Étienne Tshisekedi, "les enfants ne sont pas allés à l'école" mais "quelques taxis-motos (ont commencé) à circuler", selon Denis Kalombo, président de la fédération locale du parti.

Dans tout le pays, les réseaux sociaux étaient totalement ou partiellement bloqués depuis minuit, selon les opérateurs, sur ordre des autorités. La police nationale a également annoncé dimanche qu'elle ne tolèrerait aucun rassemblement de plus de dix personnes.

- 'La population ne fait pas pression' -

Âgé de 45 ans, M. Kabila est au pouvoir depuis 2001 et la Constitution lui interdit théoriquement de se représenter. La présidentielle prévue cette année a été reportée sine die.

Ses détracteurs l'accusent d'avoir torpillé le processus électoral et de vouloir se maintenir au pouvoir à vie.

M. Kikaya Bin Karubi a réaffirmé que "demain (mardi), le président sera président de la République", rappelant un arrêt de la Cour constitutionnelle prononcé en mai selon lequel "il faut un nouveau président élu pour que le président quitte ses fonctions".

"Je ne vois pas (M. Kabila) céder à une pression quelconque" sinon à celle du peuple, mais "la population congolaise ne fait pas pression sur le président Kabila", a-t-il ajouté.

Des négociations entre majorité et opposition en vue d'une transition politique, suspendues samedi, doivent reprendre mercredi.

Avant l'ouverture de ces pourparlers, la coalition d'opposition du Rassemblement, constituée autour de M. Tshisekedi, avait menacé de jeter la population dans la rue le 19 décembre en cas d'échec des négociations.

Elle n'a finalement donné aucun mot d'ordre après la suspension des discussions, mais des tracts appelant à la révolte circulent notamment à Kinshasa.

Craignant que la RDC, État-continent de 70 millions d'habitants ravagé par deux guerres entre 1996 et 2003, ne replonge dans une spirale de violence, la communauté internationale multiplie les appels au calme.

A Paris, un porte-parole du Quai d'Orsay a appelé lundi "l'ensemble des parties au rejet de la violence et à la recherche d'une solution pacifique à la crise".

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