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19/12/2016 14:00 EST | Actualisé 20/12/2017 00:12 EST

La patronne du FMI Christine Lagarde jugée coupable en France pour une ancienne "négligence"

La justice française a déclaré lundi la patronne du Fonds monétaire international (FMI) Christine Lagarde coupable d'une "négligence" coûteuse pour les deniers publics quand elle était ministre de l'Economie dans son pays, mais l'a dispensée de peine.

Le FMI lui a toutefois presque aussitôt renouvelé sa "pleine confiance" en assurant que Mme Lagarde avait "la capacité" de rester aux commandes de l'institution qu'elle dirige depuis juillet 2011. Elle avait été reconduite l'été dernier pour un deuxième mandat de cinq ans.

Dans un communiqué, le conseil d'administration du FMI, qui avait la possibilité théorique de la destituer, a même tenu à rendre hommage à son "fantastique leadership" et au "respect et à la confiance" dont elle jouit sur le globe.

Plus tôt dans la journée, la dirigeante avait été reconnue coupable par la Cour de justice de la République (CJR), une instance hybride, mi-politique mi-judiciaire, seule habilitée à juger les ministres et anciens ministres français pour des faits commis dans l'exercice de leurs fonctions.

Christine Lagarde, une ancienne avocate internationale âgée de 60 ans, risquait gros: jusqu'à un an de prison et 15.000 euros d'amende. Mais les juges ont toutefois décidé de lui épargner toute peine. Le parquet avait requis la relaxe.

Elle n'était pas présente à Paris pour entendre la décision de la cour, car elle était "retenue pour des raisons professionnelles" à Washington, où siège le FMI, selon son avocat.

Dès le jugement rendu, le gouvernement français lui avait renouvelé sa "confiance", soulignant que la décision de la cour portait "sur des faits antérieurs à la prise de fonction" au FMI.

Les ennuis de l'ex-ministre française de l'Economie et des Finances (2007-2011) du président de droite Nicolas Sarkozy trouvent leur source au début des années 1990, quand la banque publique Crédit Lyonnais a acheté l'équipementier sportif Adidas à l'homme d'affaires et ancien ministre de gauche Bernard Tapie.

Celui-ci s'estime floué dans la procédure et entame une procédure judiciaire au long cours.

- 'Sentence choquante' -

Pour mettre fin à des années de guérilla judiciaire, le ministère de l'Economie, dirigé alors par Christine Lagarde, choisit en 2007, contre l'avis d'un organe consultatif, de recourir à un arbitrage privé. Les trois juges arbitraux accordent l'année suivante à Bernard Tapie la somme faramineuse de 404 millions d'euros, pris sur les deniers publics.

Or, il s'avèrera que l'arbitrage était frauduleux. Annulé en 2015 au civil, il fait l'objet d'une enquête pénale pour "détournement de fonds publics" et "escroquerie", distincte de celle qui vise la directrice générale du FMI.

A la dirigeante, la justice reprochait d'avoir par "négligence" laissé l'arbitrage s'organiser, alors qu'il risquait d'être défavorable aux intérêts du contribuable, mais aussi de ne pas avoir introduit de recours contre la décision des arbitres malgré le montant exorbitant alloué à Bernard Tapie.

Au final, "le délit de négligence est constitué sur la problématique de non recours" uniquement, a expliqué lundi son avocat. "On ne lui a pas reproché d'avoir donné son feu vert pour entrer en arbitrage, mais simplement qu'elle aurait dû exercer un recours en annulation", a précisé Me Patrick Maisonneuve.

Selon l'arrêt lu par la présidente Martine Ract Madoux, la ministre aurait à l'époque dû demander plus de détails sur "une sentence aussi choquante". La Cour a estimé que, si elle l'avait fait, cela "aurait certainement permis de découvrir" que la procédure d'arbitrage avait été manipulée.

Malgré tout, la Cour a estimé que la "personnalité" de la patronne du FMI et sa "réputation internationale", ainsi que le fait qu'elle bataillait à l'époque contre une "crise financière internationale", plaidaient en sa faveur et justifiaient de la dispenser de peine.

Pendant le procès, Mme Lagarde avait elle-même laissé entendre qu'occupée à régler la crise financière de 2008, elle avait suivi les conseils de ses conseillers "dans cette affaire d'arbitrage" qui n'était "pas une priorité". "Le risque de la fraude m'a totalement échappé", avait-elle reconnu.

"Comment voulez-vous expliquer aux citoyens qu'il y a des gens qui ont gaspillé 400 millions d'euros mais qui n'auront rien inscrit à leur casier judiciaire ?", s'est indigné Jean-Christophe Picard, président de l'association de lutte contre la corruption Anticor, qui demande la suppression de la CJR.

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