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18/12/2016 20:45 EST | Actualisé 19/12/2017 00:12 EST

Corée du Sud: la destitution de Mme Park lance une course anticipée à la présidence

La destitution de la présidente sud-coréenne Park Geun-Hye a donné le top départ d'une course anticipée à sa succession alors même que son limogeage n'a pas été définitivement entériné.

Certains se sont déclarés officiellement. Mais d'autres sont plus circonspects, si bien qu'on assiste à une campagne qui ne dit pas son nom, où candidats officiels et non officiels s'opposent sans vraiment livrer de combat.

La prochaine présidentielle est toujours théoriquement prévue en décembre 2017 mais la destitution de Mme Park pourrait précipiter les choses.

Le vote parlementaire du 9 septembre pour la faire partir doit encore être validé par la Cour constitutionnelle, processus qui pourrait durer six mois bien que les observateurs s'attendent à une décision plus rapide. En cas de validation, une présidentielle anticipée devra être organisée dans les 60 jours, peut-être dès mars.

Ce n'est pas nécessairement une bonne nouvelle pour un prétendant notable non encore déclaré, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon.

Jusqu'à alors, M. Ban, 72 ans, arrivait régulièrement en tête des sondages et les observateurs s'attendaient à ce qu'il porte les couleurs du parti conservateur Saenuri de Mme Park.

Mais M. Ban est handicapé par le fait qu'il est encore secrétaire général jusqu'à la fin de l'année alors que d'autres ont déjà quitté les starting blocks.

- 'Leadership nouveau' -

Lors de son dernier point presse vendredi en tant que patron de l'ONU, il a déclaré qu'il réfléchirait "sérieusement" au meilleur moyen de servir la Corée du Sud. Puis, de se livrer à un mini discours de campagne, dans lequel il a déploré la "crise" politique et souligné le besoin "d'un nouveau type de leadership".

Mais la crise a déchiré le Saenuri, privant M. Ban d'une plateforme solide pour conduire sa campagne.

"Il sera difficile pour lui de remporter l'élection tout seul", explique Hahn Kyu-Sup, professeur de communication à l'Université nationale de Séoul. "Il est un peu trop âgé et parmi les jeunes électeurs, il suscite un antagonisme considérable".

Depuis le scandale, M. Ban a cédé la place de favori des sondages à Moon Jae-In, ex-chef du Parti démocratique, principale formation de l'opposition qui avait perdu la présidentielle de peu face à Mme Park en 2012.

M. Moon préconise de réformer les puissants conglomérats sud-coréens et de mener une politique de dialogue avec la Corée du Nord sur son programme d'armements nucléaires.

Il n'a pas déclaré sa candidature mais a dit aux journalistes étrangers que ce serait "un énorme honneur" pour lui de concourir.

Cette campagne en sous-main est justifiée par les circonstances, assure le Parti démocratique.

"Une fois que la Cour aura rendu son arrêt, nous aurons 60 jours pour choisir un nouveau président", souligne Kang Sun-A, une porte-parole. "Ces élections auront lieu au moins six mois avant la date prévue alors nous n'avons pas d'autre choix que de nous préparer".

- Ressentiment -

Le hic possible, tant pour M. Moon que M. Ban, qui fut ministre des Affaires étrangères entre 2004 et 2006, c'est qu'il s'agit de figures de l'establishment à un moment où l'opinion ne goûte guère l'establishment.

La destitution de Mme Park a été provoquée par la colère des gens face à un retentissant scandale de corruption centré sur une amie proche de la présidente, qui attend son procès pour fraude et abus de pouvoir.

Mais le ressentiment va beaucoup plus loin: "le fait que des millions de personnes descendent dans la rue chaque samedi reflète le mécontentement profondément enraciné de la société", juge le professeur Hahn.

Une croissance qui ralentit, un chômage qui monte et des disparités de revenus qui se creusent alimentent le désenchantement des jeunes Coréens envers le statu quo politique.

A la tête de la vague pour le changement, le maire de Seongnam, Lee Jae-Myung, qui a séduit le public en appelant à la "détention à vie" de Mme Park.

Un récent sondage Gallup créditait M. Lee de 18% d'opinions favorables, tout près de MM. Moon et Ban, soit un bond de 13 points de pourcentage par rapport à une enquête menée en octobre, avant la crise.

A la différence des autres, M. Lee a déjà affiché ses intentions et ne se prive pas de critiquer ses rivaux potentiels. Comme on lui parlait de M. Ban, M. Lee a dit que sa propre expérience de gestionnaire des problèmes locaux pesait plus lourd que celle du patron de l'ONU.

"Les valeurs du pragmatisme ont le vent en poupe, les expériences sophistiquées ne plaisent plus".

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