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19/12/2016 15:01 EST | Actualisé 20/12/2017 00:12 EST

Afrique: l'OMS met en garde contre le risque accru de maladies non transmissibles

L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) a mis en garde mardi contre une augmentation des maladies non transmissibles en Afrique, telles le cancer ou le diabète, résultat des "mauvaises habitudes" liées à la vie citadine moderne, de plus en plus courante sur le continent.

Dans une étude publiée mardi et portant sur 33 pays africains, l'OMS affirme que "la plupart" des Africains présentent au moins un des principaux facteurs de risque pour les maladies non transmissibles (MNT): fumer, la consommation abusive d'alcool, un régime alimentaire inapproprié, un manque d'activité physique, une hypertension artérielle ou un taux de cholestérol élevé.

Quatre millions d'Africains par an mourront d'une MNT en 2020 (pour 44 millions à travers le monde), estime l'OMS, selon laquelle ce chiffre dépassera en 2030 le nombre d'Africains mourant de maladies infectieuses comme le sida ou le paludisme.

"Nous avons été surpris, parce que nous ne pensions pas voir ce genre de situation (en Afrique, ndlr) en ce moment, nous nous attendions à le voir dans 30 ou 40 ans", a expliqué à l'AFP Abdikamal Alisalad, l'auteur du rapport de l'OMS, notant notamment que 46% des Africains souffrent d'hypertension, le taux le plus élevé au monde.

M. Alisalad attribue la hausse des MNT, qui incluent aussi les maladies cardiovasculaires ou les affections des voies respiratoires, aux changements liés au développement socio-économique du continent.

"Les gens quittent les zones rurales pour les zones urbaines, les métropoles", a-t-il dit, notant toutefois une hausse de l'espérance de vie. "La classe moyenne devient plus importante".

Et si en Occident, les grands industriels de l'alcool, du tabac et de la "malbouffe" sont confrontés à une prise de conscience croissante de la population en matière de santé, ce n'est pas le cas en Afrique, où le pourcentage de gens fumant quotidiennement varie de 5 à 26%, en fonction des pays.

"Ils (les industriels de l'alcool, tabac et "malbouffe", ndlr) voient l'Afrique comme un terrain fertile en raison des faiblesses des législations", a affirmé M. Alisalad. "Nous avons constaté que dans certains pays, les industriels de l'alcool sont ceux qui font les lois sur l'alcool, c'est absurde".

L'auteur du rapport note par ailleurs que la consommation accrue de nourriture malsaine a pour conséquence que l'Afrique, paradoxalement, souffre à la fois d'obésité et de malnutrition.

Selon l'OMS, 35% des Africains sont obèses, et le temps passé sur une activité physique intense varie de 21 minutes par jour et par personne en Mauritanie, à 386 minutes au Mozambique.

"Nous avons déjà du mal avec les maladies transmissibles (...) et maintenant un nombre croissant de personnes ont besoin de dépistages, de conseils et de traitements pour les maladies non transmissibles", a regretté M. Alisalad. "Notre système de soins de santé n'a pas les épaules assez larges".

Il appelle dès lors les gouvernements africains à mieux financer ce secteur, et à "réorienter et réorganiser l'ensemble du système des soins de santé".

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