DIVERTISSEMENT
18/12/2016 02:51 EST | Actualisé 18/12/2016 02:52 EST

Drôle d'année pour la liberté d'expression

Radio-Canada

Les humoristes se sont tenus occupés cette année. Ils n'ont pas pris beaucoup de pauses et s'en sont donné à cœur joie, en brandissant le flambeau de l'indignation, de l'injustice, de l'engagement, etc.

De toute évidence, comme on débat peu des vrais enjeux de notre société sans grandes histoires, voilà que les « comiques » prennent les choses en main. Je ne passerai pas tout en revue, bien sûr. Ils se sont élevés, mais ils se sont aussi arraché les yeux à l'occasion sur la place publique.

Il y a eu bien sûr l'affaire Mike Ward/Jérémy Gabriel, qui s’est rendue jusque devant le Tribunal des droits de la personne. Ce dernier a condamné Ward, ce qui a remis sur la table le débat sur les limites de la liberté d’expression.

Remarquez, cela a permis aux humoristes de récupérer l’affaire, d’étaler leur solidarité (?) et de tous monter sur la scène du Gala Les Oliviers avec, sur la bouche, un X en ruban adhésif. Effet réussi! Tout ça, parce qu’on avait censuré (!) un sketch conjoint de Nantel et Ward.

Ce « on est avec vous autres, les boys » a eu son petit effet. Ce qui m’a un peu dérangé dans cette histoire, ce n’est pas tant le débat, mais Mike Ward, qui a essayé de se transformer en victime en lançant une campagne de sociofinancement pour réunir l’argent nécessaire à verser à Jérémy et sa famille. Et quoi encore?

Une seule question

Guy Nantel, brillant et vite, n’en rate pas une. Il est allé poser des questions à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, en vue de la présentation de son nouveau spectacle. La question était simple : quelles sont les limites qu’il doit respecter pour les contenus de son prochain spectacle? Trois fois, il est revenu à la charge. Trois fois, on a refusé de lui répondre. Divertissant! Remarquez, la Commission n’est pas là pour rigoler…

Un humour juste féminin?

Qu’est-ce qu’il y a eu encore? Ah, oui! Toujours en humour, il a été question d'un gala intitulé Juste féminin, dont a eu l’idée Juste pour rire. Ça ne va pas, non? C’était certain que la terre allait trembler et que les femmes humoristes allaient mal le prendre, surtout qu’elles se débattent dans un univers majoritairement masculin. Elles ont parlé de ghetto, de ghettoïsation. Ont-elles eu tort? Cathy Gauthier, qui ne manque pas d’autodérision et que j’adore, a dit cette phrase dans La Presse, qui résume bien l’absurdité de la situation : « Un gala Juste féminin, on dirait une réunion Avon! C’est comme si on invitait le public à assister à une démonstration de Tupperware. » Virginie Fortin a ajouté : « Être une femme, ce n’est pas un thème. » Peut-on être plus clair? La vague a été si forte que Juste pour rire a fait son mea culpa et a annulé le gala.

De retour après la pause

Je vais finir par croire que le monde de l’humour a un faible pour les petits et moyens scandales. Avez-vous entendu ce cri d’indignation lorsque Martin Matte est devenu porte-parole de Maxi? Méchants, les humoristes! Méchant, Guillaume Wagner! Un peu jaloux, peut-être? C’est quoi la différence entre une pub de Honda et une pub de Maxi? Entre Huard qui vend de l’assurance, Sauvé des maisons ou Morissette de la pizza? Pourquoi se draper dans une fausse pureté, surtout quand on évolue dans une industrie où le fric est roi? Ça va, les vierges offensées?

Un faux pas

Là, dans le cas qui suit, je suis un peu plus perplexe, principalement parce que je ne connais pas les dessous l’histoire. En plus, la situation est inconfortable, parce que tout ça s’est passé dans la grande tour qui nous abrite, mes patrons et moi.

J’ai longtemps été prompt à prendre le glaive, téméraire, voire suicidaire, dans mon autre vie de chroniqueur. Il m’arrive encore de l’être, mais encore faut-il que la bataille mérite d’être menée. Or, dans ce cas, l’intimé est capable de se défendre seul. En gros, Fred Dubé, humoriste à l’émission Plus on est de fous, plus on lit!, a lancé une attaque aucunement légère contre le capitalisme sauvage, en nommant des responsables de la planification des célébrations du 375e anniversaire de Montréal. Bon, tout ça a commencé parce que la bande du 375e s’est plantée en mettant en ondes une pub dans laquelle les Montréalais étaient blancs, homogènes et célèbres. Bref, ça n’a pas plu à tout le monde.

La pub a été retirée, mais ça n’a pas empêché Dubé de se mettre à tirer sur tout ce qui bouge. Résultat, le recul étant trop fort, c’est lui qui est tombé.

Drôle d’année! Drôle?

Ce texte est une chronique de Franco Nuovo pour Radio-Canada.

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