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16/12/2016 07:23 EST | Actualisé 16/12/2016 07:32 EST

Le régime syrien suspend les opérations d'évacuation d'Alep (VIDÉO/PHOTOS)

Le régime de Bachar al-Assad a suspendu vendredi l'évacuation de civils et rebelles de la ville syrienne ravagée d'Alep, où restent pris au piège des milliers d'habitants dans des conditions dramatiques.

Si la Russie a annoncé la fin de l'évacuation, cela a été démenti par une source militaire syrienne qui a affirmé que l'opération n'était pas terminée.

Allié du régime syrien auquel il fournit un soutien militaire crucial, le président russe Vladimir Poutine a dit mener des négociations avec les représentants de l'opposition armée, via la Turquie, ajoutant que "la prochaine étape (était) d'obtenir un accord sur un cessez-le-feu sur l'ensemble du territoire syrien".

L'opération d'évacuation des civils et rebelles de la deuxième ville de Syrie doit ensuite permettre au régime de proclamer sa plus importante victoire dans le conflit qui ravage le pays depuis près de six ans.

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Mais cette opération a été suspendue vendredi matin "car les hommes armés n'ont pas respecté les conditions de l'accord", a affirmé à l'AFP une source de sécurité syrienne.

En fin de matinée, des bruits de tirs et d'explosions ont été entendus à Ramoussa, quartier à travers lequel transitent les bus et les ambulances évacuant les habitants de la dernière poche rebelle d'Alep.

Ces véhicules qui attendaient de pouvoir passer en zone rebelle pour évacuer d'autres personnes ont dû rebrousser chemin, vides.

La raison, selon la télévision syrienne, c'est que "les groupes terroristes ont essayé de faire sortir des armes lourdes et des otages", c'est-à-dire des membres des forces prorégime qu'ils détiennent.

«Les évacuations ne sont pas terminées et beaucoup de gens veulent toujours partir de la zone.» - Mevlut Cavusoglu, chef de la diplomatie turque

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a confirmé la suspension "avant de demander à toutes les parties de faire en sorte que l'opération reprenne et se poursuive dans des conditions normales".

Toute la nuit, des ambulances et des autobus ont fait la navette entre la dernière poche tenue par les rebelles à Alep vers des secteurs contrôlés par les insurgés dans l'ouest de la province du même nom.

En sus des autobus fournis par le régime et des ambulances, certains résidents sont partis dans leur propre véhicule, selon Ahmad al-Dbis, chef d'une unité de médecins et de volontaires qui coordonnent l'évacuation des blessés.

Familles dans des camionnettes

"De nombreuses familles arrivent avec leurs affaires dans des camionnettes", a-t-il dit à Khan al-Assal, point de rassemblement à l'ouest d'Alep où les évacués sont conduits. "Ils se rassemblent et, de là, vont vers des camps ou chez des amis ou de la famille habitant dans la région".

Mme Ingy Sedky, porte-parole du CICR à Damas, a estimé qu'il était difficile d'avancer un chiffre précis pour le nombre de personnes déjà évacuées.

Mais selon M. Dbis, environ 6 000 personnes sont déjà arrivées d'Alep, dont au moins 250 blessés. Certains ont eu besoin d'une prise en charge médicale d'urgence et ont été transférés en Turquie.

L'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) a estimé le nombre des personnes évacuées à environ 8 500, dont quelque 3.000 combattants. Les médias officiels ont eux parlé de quelque 8 000 évacués.

Au premier jour de l'évacuation, les habitants se sont agglutinés dans les bus, s'asseyant sur les sièges ou à même le plancher. Certaines, âgées, pleuraient mais d'autres étaient soulagées de sortir de l'enfer.

Sur les vitres couvertes de poussière de certains bus, des évacués ont inscrit "Nous reviendrons un jour".

Après un siège de plus de quatre mois, une offensive d'envergure et particulièrement destructrice lancée il y a un mois a permis à l'armée et à des milices alliées de reprendre plus de 90% des quartiers que les rebelles contrôlaient à Alep depuis juillet 2012.

La province d'Idleb, voisine de celle d'Alep, est la dernière place forte de la rébellion. Outre Idleb, celle-ci ne contrôle plus dans le pays que la majorité de la province méridionale de Deraa et des régions proches de Damas assiégées par le régime.

Réunion à l'ONU

Les évacuations ont commencé un mois après la dernière offensive des forces du régime qui ont déversé sans arrêt leurs missiles, barils d'explosifs et obus sur les quartiers encore tenus par les rebelles dans la cité septentrionale.

Des centaines de civils ont été tués et plus de 100.000 autres affamés et assiégés pendant quatre mois poussés à la fuite, sans compter les immenses destructions, et ce sous les yeux d'une communauté internationale impuissante.

Le président Bachar al-Assad a lui affirmé que les Syriens "écrivaient l'Histoire" avec la "libération" en cours de la ville.

L'émissaire de l'ONU pour la Syrie Staffan de Mistura a estimé à environ 40.000 le nombre de civils encore piégés dans le réduit rebelle et à entre 1.500 et 5.000 celui des combattants et leurs familles.

Il a averti qu'Idleb risquait de devenir "la prochaine Alep" "s'il n'y a pas d'accord politique et de cessez-le-feu".

L'intervention militaire russe en 2015 a permis aux troupes du régime, alors en déroute, d'inverser la situation.

Vladimir Poutine a expliqué s'être "mis d'accord" avec le président turc Recep Tayyip Erdogan "pour proposer aux différentes parties un nouveau terrain pour des pourparlers de paix. Cela pourrait être la capitale du Kazakhstan, Astana".

Vendredi, le Conseil de sécurité de l'ONU doit se réunir pour tenter d'obtenir le déploiement d'observateurs internationaux chargés de surveiller les opérations d'évacuation, alors que les Etats-Unis ont averti qu'Alep risquait de devenir un "autre Srebrenica", ville de Bosnie où fut commis en 1995 le pire massacre en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale.

Le conflit très complexe en Syrie, impliquant différents belligérants et leurs soutiens régionaux ou internationaux, a fait plus de 310 000 morts depuis près de six ans.