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Athlétisme Canada : gagner des médailles et perdre son emploi

BILLET - La haute performance ne fait pas toujours l'unanimité au Canada. On aime l'idée de gagner, jusqu'à ce que cela brime potentiellement un autre athlète.

Les ressources sont limitées. Il faut donc faire des choix et prendre des décisions difficiles si l’on veut gagner.

Le récent congédiement de l’entraîneur-chef et directeur de haute-performance (DHP) à Athlétisme Canada, Peter Eriksson, illustre ce déchirement philosophique, qui selon moi menace la performance des athlètes canadiens.

Qu’on aime ou pas Peter Eriksson, son objectif était très clair : gagner des médailles aux Championnats du monde et aux Jeux olympiques.

On engage un entraîneur-chef pour ça, pas pour être l’ami de tous.

Normalement, nous jugeons les performances de celui-ci selon les médailles. Cependant, malgré un nombre record de six médailles à Rio et huit aux mondiaux de 2015, Eriksson a perdu son emploi.

Il doit y avoir anguille sous roche. On pourrait jouer longtemps à « il a dit ceci, elle a dit cela », sans jamais vraiment connaître la vérité.

Dans les sports olympiques, le directeur de haute performance ou l’entraîneur-chef ne participent généralement pas aux activités sur le terrain. Pour utiliser un sport que nous connaissons bien, c’est plus un directeur général d’un club de hockey.

C’est celui qui doit engager les meilleurs entraîneurs et employés de soutien, sans vraiment prendre part aux décisions techniques de ces embauches.

Il est donc assez loin des athlètes, mais un bon directeur saura quand même tisser des liens avec les athlètes afin de toujours avoir leur version des faits.

Je le dis sans cesse, trop peu de directeurs et administrateurs sportifs parlent aux athlètes afin de mieux les comprendre et pour mieux les encadrer.

D’ailleurs, il y a quelques mois, un directeur m’a dit lors d’une rencontre que les athlètes ne savent pas ce dont ils ont besoin.

Pardon?

On ne parle pas d’une équipe de pee-wee ici. On parle d’une équipe olympique!

J’aurais aimé lui demander s’il croit que Sidney Crosby ou Shea Weber savent ce dont ils ont besoin… Mais j’ai pris trop temps à me « rasseoir sur ma chance ».

Trop souvent, nous traitons les athlètes olympiques comme des enfants.

Il faut que ça cesse. Ces athlètes doivent être consultés et prendre part aux décisions qui les touchent.

Cela ne veut pas dire d’accepter tout ce que les athlètes demandent. Mais comme de bons parents, on doit au moins leur dire non et leur expliquer pourquoi, plutôt que de prendre des décisions en cachette sans les consulter ou sans expliquer pourquoi.

Deux des DHP que j’apprécie le plus sont David Mirota et Marc-André Moreau, qui dirigent les quatre disciplines du ski acrobatique (bosses, sauts, demi-lune, slopestyle).

Il y a quelques mois, lors d’un évènement préparatoire pour les Olympiques de Pyeongchang, ils tenaient à faire une session afin d’aider les athlètes à s’ouvrir et à transmettre tout ce qu’ils ont sur le cœur, de façon constructive.

Sachant très bien que cela pouvait faire place à plusieurs discussions difficiles, ils n’ont pas eu peur d’ouvrir cette porte et de la garder toujours ouverte, tel un bon dirigeant d’entreprise qui laisse la porte de son bureau ouverte à moins d’être en réunion.

David et Marc-André doivent souvent prendre des décisions difficiles qui peuvent mener à des conflits. Mais au bout du compte, leur travail est d’offrir un encadrement optimal dans le but de gagner des médailles aux prochains Olympiques.

Toutes décisions découlent de cet objectif, même si cela peut parfois leur coûter leur emploi, médailles ou pas…

La haute performance c’est ça : prendre des décisions afin d’accepter les conséquences, et n’avoir aucun regret.

Peu importe ce qui se cache derrière le congédiement d’Eriksson, je suis au moins certain qu’il n’a aucun regret.

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