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13/12/2016 05:59 EST | Actualisé 14/12/2017 00:12 EST

Poutine au Japon: une visite axée sur l'économie et les Kouriles

Le président russe Vladimir Poutine se rend au Japon jeudi pour donner un nouvel élan à la coopération économique entre les deux pays, mais ni Moscou ni Tokyo ne se font d'illusions sur une avancée dans le règlement du différend sur les îles Kouriles.

"Nous sommes des partenaires naturels dans le monde et en Extrême-Orient, mais l'absence d'un traité de paix nous empêche de développer nos relations", notamment dans le domaine économique, a déclaré M. Poutine, dans un entretien aux médias japonais publié mardi sur le site du Kremlin.

Lors de sa visite de deux jours, il sera accompagné d'une importante délégation comprenant notamment le numéro deux du gouvernement russe, Igor Chouvalov, le ministre de l'Economie, Maxime Orechkine, le ministre du Commerce, Denis Mantourov, ainsi que des dirigeants des principales entreprises comme le directeur général du groupe pétrolier Rosneft, Igor Setchine, ou le propriétaire du géant de l'aluminium Rusal, Oleg Deripaska.

Une trentaine d'accords entre sociétés russes et japonaises devraient être signés dans le domaine énergétique, industriel, agricole et dans celui des hautes technologies.

"Nous souhaitons renforcer la coopération dans tous les domaines", a assuré aux journalistes le conseiller du Kremlin, Iouri Ouchakov.

Il s'agit de la première visite présidentielle de M. Poutine au Japon depuis 11 ans, les relations entre Moscou et Tokyo étant empoisonnées par une querelle sur quatre îles de l'archipel des Kouriles occupées à la fin de la Seconde Guerre mondiale par l'Union soviétique.

Appelées les "Kouriles du Sud" par les Russes et les "Territoires du Nord" par les Japonais, ces îles volcaniques font officiellement partie de la région russe de Sakhaline mais sont revendiquées par le Japon et cette dispute a empêché jusqu'à présent les deux pays de signer un traité de paix.

Ces derniers mois, la Russie a considérablement développé ses installations militaires sur deux des îles contestées et y a déployé des systèmes de défense côtiers et des drones, provoquant l'irritation de Tokyo.

Le Japon a de son côté condamné en 2014 l'annexion de la péninsule ukrainienne de Crimée par la Russie, et s'est joint aux sanctions imposées par les Occidentaux.

Mardi, Vladimir Poutine a cependant prôné "la normalisation totale des relations" avec Tokyo.

"L'absence de traité de paix entre la Russie et le Japon est un anachronisme (..), et cet anachronisme doit disparaître", a-t-il souligné, tout en admettant qu'il s'agit d'une tâche "difficile".

Si pour Moscou, la signature de ce traité est la "première mesure impérative" à prendre, "pour le Japon, c'est impossible sans règlement du différend territorial", commente l'analyste politique russe Fiodor Loukianov.

- Nouvelle approche -

Début septembre, lors d'une visite à Vladivostok (Extrême-Orient russe), le Premier ministre japonais Shinzo Abe avait appelé Vladimir Poutine à ouvrir une "nouvelle époque" dans les relations bilatérales.

"Shinzo Abe est différent de la plupart de ses prédécesseurs (...). Il a une nouvelle approche très audacieuse, et il est décidé à obtenir une percée" dans le règlement de ce problème, explique à l'AFP James Brown, qui enseigne à l'Université Temple au Japon.

Avant un intense programme lié au volet économique prévu vendredi à Tokyo, M. Abe va accueillir jeudi Vladimir Poutine à Nagato, la ville de ses ancêtres dans la préfecture de Yamaguchi, connue pour ses sources chaudes.

"C'est un geste inédit de la part du Premier ministre japonais à l'égard d'un dirigeant étranger", affirme M. Ouchakov, en précisant que le séjour à Nagato prévoit une discussion en tête-à-tête entre Shinzo Abe et Vladimir Poutine.

"M. Abe aimerait parler avec M. Poutine en tête-à-tête, car seule une décision politique prise par les dirigeants pourrait régler le différend territorial", explique à l'AFP Shigeki Hakamada, professeur à l'Université de la préfecture de Niigata.

Selon M. Poutine, l'ambiance dans cette province chère au coeur de M. Abe devrait en effet être favorable à "une conversation franche (...) qui se soldera par des résultats", notamment concernant le règlement du différend territorial.

"Nous devons trouver un compromis", a-t-il insisté.

Début septembre, M. Poutine avait cependant rejeté l'idée de céder l'une des îles Kouriles au Japon en échange d'une coopération économique renforcée avec Tokyo, en martelant: "Nous ne vendons pas nos territoires".

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