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13/12/2016 00:44 EST | Actualisé 14/12/2017 00:12 EST

Poutine au Japon: une visite axée sur l'économie et les Kouriles

Le président russe Vladimir Poutine se rend au Japon jeudi pour donner un nouvel élan à la coopération économique entre les deux pays, mais ni Moscou ni Tokyo ne se font d'illusions sur une avancée dans le règlement du différend sur les îles Kouriles.

"Nous sommes des partenaires naturels dans le monde et en Extrême-Orient, mais l'absence d'un traité de paix nous empêche de développer nos relations", notamment dans le domaine économique, a déclaré M. Poutine, dans un entretien publié mardi sur le site du Kremlin.

Une trentaine d'accords entre sociétés russes et japonaises devraient notamment être signés en marge de sa visite de deux jours, dans le domaine énergétique, industriel, agricole et celui des hautes technologies.

"Les projets économiques seront au coeur de la visite", assure l'analyste politique russe Fiodor Loukianov, en rappelant que Moscou souhaite "attirer les investissements japonais en Extrême-Orient russe", riche en hydrocarbures.

Il s'agit de la première visite du président russe au Japon depuis 11 ans, les relations entre Moscou et Tokyo étant empoisonnées par une querelle sur quatre îles de l'archipel des Kouriles occupées à la fin de la Seconde Guerre mondiale par l'Union soviétique.

Appelées les "Kouriles du Sud" par les Russes et les "Territoires du Nord" par les Japonais, ces îles volcaniques font officiellement partie de la région russe de Sakhaline mais sont revendiquées par le Japon et cette dispute a empêché jusqu'à présent les deux pays de signer un traité de paix.

Ces derniers mois, la Russie a considérablement développé ses installations militaires sur deux des îles contestées et y a déployé des systèmes de défense côtiers et des drones, provoquant l'irritation de Tokyo.

"Nous voulons la normalisation totale des relations" avec Tokyo, a assuré Vladimir Poutine.

"L'absence de traité de paix entre la Russie et le Japon est un anachronisme du passé, et cet anachronisme doit disparaître", a-t-il souligné, tout en admettant qu'il s'agit d'une tâche "difficile".

Si pour Moscou, la signature de ce traité est la "première mesure impérative" à prendre, "pour le Japon, c'est impossible sans règlement du différend territorial", souligne M. Loukianov.

- Nouvelle approche -

Lors de sa précédente visite au Japon, en 2005, M. Poutine s'était mis d'accord avec le Premier ministre japonais de l'époque, Junichiro Koizumi, "pour trouver une solution en dépit des difficultés".

Mais peu de progrès ont été réalisés jusqu'à présent.

Début septembre, lors d'une visite à Vladivostok (Extrême-Orient russe), le Premier ministre japonais Shinzo Abe avait appelé Vladimir Poutine à ouvrir une "nouvelle époque" dans les relations bilatérales.

"Shinzo Abe est différent de la plupart de ses prédécesseurs (...). Il a une nouvelle approche très audacieuse, et il est décidé à obtenir une percée" dans le règlement de ce problème, explique à l'AFP James Brown, qui enseigne à l'Université Temple au Japon.

En marge des négociations sur le volet économique à Tokyo, M. Abe a également invité Vladimir Poutine à Nagato, la ville de ses ancêtres dans la préfecture de Yamaguchi.

"M. Abe aimerait parler avec M. Poutine en tête-à-tête, car seule une décision politique prise par les dirigeants pourrait régler le différend territorial", explique à l'AFP Shigeki Hakamada, professeur à l'Université de la préfecture de Niigata.

Selon M. Poutine, l'ambiance dans cette province chère au coeur de M. Abe devrait en effet être favorable à "une conversation franche (...) qui se soldera par des résultats", notamment concernant le règlement du différend territorial.

"Nous devons trouver un compromis", a-t-il insisté.

Début septembre, M. Poutine avait pourtant rejeté l'idée de céder l'une des îles Kouriles au Japon en échange d'une coopération économique renforcée avec Tokyo, en martelant: "Nous ne vendons pas nos territoires".

A l'approche de sa visite au Japon, plusieurs élus et scientifiques de la région de Sakhaline ont mis en garde le président russe contre les "conséquences fatales pour la Russie" qu'aurait "toute concession territoriale".

"Pour les Russes, il s'agit de leur territoire. Ce sont eux qui le contrôlent. Et aucun peuple, aucun pays ne souhaite faire de concessions territoriales", relève M. Loukianov.

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