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13/12/2016 08:36 EST | Actualisé 14/12/2017 00:12 EST

Le Brésil entame sa cure d'austérité avec le gel des dépenses sur 20 ans

Le Sénat brésilien a définitivement validé mardi le gel des dépenses publiques sur 20 ans, mesure phare du gouvernement de Michel Temer, qui prône une cure d'austérité pour sortir le pays d'une récession historique, mais rejetée par la majorité des Brésiliens.

Cette proposition d'amendement à la Constitution a été approuvée par 53 sénateurs contre 16, alors qu'en première lecture fin novembre 61 sénateurs (sur un total de 81) avaient voté en faveur du texte. Il devra être promulgué dès cette semaine pour entrer en vigueur en 2017.

En réaction, dans plusieurs villes comme Sao Paulo ou Porto Alegre, des manifestants ont bloqué des avenues avec des barricades.

A l'extérieur du Parlement à Brasilia, dont la sécurité a été renforcée, de petites manifestations organisées par les syndicats et les étudiants contre ces mesures d'austérité se déroulaient en revanche sans incident.

Le gouvernement conservateur de M. Temer juge la réforme "fondamentale" pour éviter la faillite de l'Etat brésilien, attirer les investisseurs, enrayer la spirale inflationniste et permettre à terme une relance de l'économie, plongée depuis 2015 dans une récession historique.

En 2015, l'activité économique du Brésil a reculé de 3,8% et pour 2016, le repli devrait être de 3,5%, selon la Banque centrale du Brésil. Pour 2017, il est prévu une faible croissance, de l'ordre de 1%.

"En ce moment nous avons besoin de beaucoup de courage au Brésil, pour faire des choses apparemment impopulaires, mais qui seront populaires à l'avenir", a déclaré mardi M. Temer.

M. Temer et son ministre des Finances Henrique Meirelles espèrent réduire avec ces mesures - très attendues par les marchés - le déficit budgétaire du Brésil qui devrait atteindre 48 milliards de dollars cette année.

Selon un sondage Datafolha publié mardi, 60% des Brésiliens rejettent la proposition d'amendement baptisée "PEC 55". Seuls 24% l'approuvent.

Le texte validé par les sénateurs prévoit que les dépenses publiques de l'Etat fédéral brésilien ne pourront pas croître au-delà de l'inflation annuelle, y compris dans l'éducation et la santé, durant 20 ans.

Pour Philip Alson, rapporteur spécial de l'ONU pour l'extrême pauvreté et les droits de l'homme, cela aura un impact "sévère" sur les plus pauvres et aggravera les inégalités sociales.

- Coupe de pouce à Temer? -

Le vote de cette mesure est une victoire pour M. Temer au moment où l'étau se resserre autour du président, déjà très impopulaire, dans le cadre du scandale de corruption Petrobras.

Un ancien responsable du géant du BTP Odebrecht, entreprise au coeur de ce scandale, l'a accusé d'avoir demandé en 2014 dix millions de réais (près de 3 M d'euros) au propriétaire d'Odebrecht pour des campagnes de membres de son parti PMDB (centre droit).

Le chef de l'Etat a démenti samedi avec "véhémence" ces accusations.

A peine 10% des Brésiliens soutiennent sa gestion et 63% souhaitent qu'il démissionne avant la fin de l'année pour permettre la tenue d'élections anticipées, selon un sondage Datafolha publié dimanche.

La séance de mardi a été dirigée par le président du Sénat, Renan Calheiros, contre qui ont été portées lundi par le parquet de nouvelles accusations de corruption dans le cadre du méga-scandale Petrobras.

Indéboulonnable cacique de la vie politique brésilienne, et considéré comme l'allié le plus puissant de Michel Temer, M. Calheiros nie également toutes les accusations mais elles fragilisent le gouvernement.

Le gel des dépenses publiques est la première mesure du plan d'austérité de M. Temer, qui prévoit en outre une réforme du travail et du système des retraites.

Le projet pour les retraites fixe l'âge minimum à 65 ans pour les hommes et les femmes et exige 49 années de contribution pour toucher le maximum.

M. Temer, 75 ans, a succédé à la présidente de gauche Dilma Rousseff, destituée fin août par le Sénat pour maquillages des comptes publics, au terme d'une procédure controversée et d'une longue crise politique d'ampleur historique qui a mis fin à 13 ans de gouvernements de gauche du Parti des Travailleurs (PT).

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