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13/12/2016 03:55 EST | Actualisé 14/12/2017 00:12 EST

L'UE tiraillée sur la suite des négociations d'adhésion de la Turquie

Faut-il "geler" les négociations d'adhésion de la Turquie ou au contraire "maintenir le dialogue"? Les pays européens ont affiché mardi leurs divisions sur l'attitude à adopter face à la "dérive" du gouvernement turc, partenaire difficile mais incontournable.

Tous les pays européens, réunis mardi au niveau ministériel à Bruxelles, déplorent les atteintes à la démocratie du régime turc, qui se sont intensifiées depuis le coup d'Etat avorté du mois de juillet, suivi par des vagues de répression.

Mais ils peinent à s'entendre sur la réponse à y apporter, dans un contexte de lutte contre le terrorisme, de guerre en Syrie et de gestion des migrations vers l'Europe, où le président Recep Tayyip Erdogan s'impose comme un partenaire central.

"Nous allons essayer de trouver un terrain d'entente", a déclaré mardi le ministre autrichien des Affaires étrangères, Sebastian Kurz, à son arrivée à une réunion ministérielle des 28, qui doit notamment déboucher sur une position commune sur la question turque, sous forme de "conclusions".

Mais M. Kurz a aussi réitéré la demande de Vienne de "geler" les négociations d'adhésion avec Ankara. Et "si nous ne nous retrouvons pas" dans la position du Conseil de l'UE (instance réunissant les Etats membres) "alors nous bloquerons les conclusions", qui doivent être adoptées à l'unanimité, a-t-il prévenu.

- 'Dialogue maintenu' -

La demande de l'Autriche est partagée par d'autres pays, selon Vienne, qui a notamment cité les Pays-Bas et la Bulgarie. Le Parlement européen a aussi voté fin novembre une résolution en ce sens, non contraignante, pour protester contre la répression "disproportionnée" en Turquie.

La majorité des pays européens se refusent toutefois à franchir le pas d'une rupture avec Ankara, qui plus est dans un moment où le pays est confronté sur son sol à des attaques terroristes, comme celle - revendiquée par un groupe radical kurde - qui a fait 44 morts samedi.

"Il faut un dialogue maintenu, sur la base de la clarté et de la fermeté", a ainsi plaidé mardi à Bruxelles le secrétaire d'Etat français aux Affaires européennes, Harlem Désir, excluant un "gel" formel des négociations.

Mais "compte tenu de la dérive du pouvoir en Turquie en matière de violation des droits de l'Homme et de répression contre les journalistes, contre les universitaires, et contre des parlementaires, il ne peut pas y avoir d'ouverture de nouveaux chapitre de négociations", a ajouté M. Désir.

"Nous ne devrions pas claquer la porte dans ce moment difficile", a également soutenu le secrétaire d'Etat allemand aux Affaires étrangères, Michael Roth, jugeant qu'il fallait "un signal clair de l'UE" y compris en direction des "citoyens turcs qui partagent nos valeurs".

Les négociations d'adhésion de la Turquie à l'UE, découpées en 35 chapitres portant sur des domaines spécifiques, ont commencé en 2005, mais elles avancent depuis au ralenti. A ce jour, 16 chapitres seulement sont ouverts et un seul a été bouclé.

- 'Débat artificiel'-

La question du gel ou non des négociations d'adhésion est "un débat artificiel, parce que les négociations d'adhésion sont au point mort depuis des mois", a admis mardi le commissaire européen Johannes Hahn, chargé des questions d'élargissement.

Dans un rapport publié en novembre, l'exécutif européen dont il fait partie a déploré le "retour en arrière" de la Turquie sur les critères d'adhésion, en particulier concernant la liberté d'expression et l'Etat de droit.

Mais la Commission du président Jean-Claude Juncker juge qu'une rupture avec Ankara serait une erreur diplomatique, quelques mois après que l'UE a accepté de "redynamiser" les négociations d'adhésion, en contrepartie des efforts turcs pour freiner les flux migratoire vers l'Europe.

Le président Erdogan a lui plusieurs fois menacé de ne plus appliquer ce pacte migratoire conclu en mars 2016, qui a permis de faire chuter sensiblement les traversées de la mer Egée, qui avait mis l'Union sous énorme pression en 2015.

"Il existe pour la Turquie de très nombreuses alternatives" à l'UE, a-t-il averti fin novembre.

cds/agr/pt