NOUVELLES
12/12/2016 20:46 EST | Actualisé 13/12/2017 00:12 EST

Kouriles: ces îles stratégiques qui empoisonnent les relations nippo-russes

Riches en minerais et en poissons, garantes de l'accès de la flotte russe à l'océan Pacifique, les îles Kouriles sont toujours au coeur d'un différend territorial entre Moscou et Tokyo, 70 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Ces quatre îles sont les plus méridionales, et donc les plus proches du Japon, d'une longue chaîne de petites îles volcaniques qui s'égrènent en arc entre la presqu'île russe du Kamtchatka au nord et la grande île japonaise de Hokkaïdo au sud.

Appelées "Kouriles du Sud" par la Russie et "Territoires du Nord" par le Japon, ces îles --Itouroup (Etorofu en japonais), Kounachir (Kunashiri), Shikotan et Habomai-- font actuellement partie de la région russe de Sakhaline (Extrême-Orient).

Mais pour le Japon, elles dépendent toujours de la préfecture de Hokkaïdo, sont "illégalement occupées par la Russie" et empêchent la signature d'un traité de paix entre les deux pays.

- Un peu d'Histoire -

En 1786, l'impératrice Catherine II revendique la souveraineté sur l'ensemble des îles Kouriles, suite à un rapport ministériel selon lequel ces îles ont été découvertes "par des navigateurs russes" et "doivent incontestablement appartenir à la Russie".

Mais en 1855, un premier traité entre la Russie tsariste et le Japon fixe la frontière entre les deux pays juste au-delà des quatre îles les plus proches du Japon.

Vingt ans plus tard, en 1875, un nouveau traité donne à Tokyo l'ensemble des Kouriles, y compris les îles situées au nord de cette frontière.

Le 18 août 1945, les Soviétiques attaquent l'archipel pour l'annexer, y compris les quatre îles méridionales.

Depuis, Tokyo dénonce une injustice, invoquant le traité de 1855. De son côté, la Russie se retranche derrière la conférence de Yalta (février 1945) au cours de laquelle Staline aurait obtenu du président américain Franklin D.Roosevelt la promesse de récupérer les Kouriles en échange de son entrée en guerre contre le Japon.

En 1956, lors du rétablissement des relations diplomatiques avec le Japon, Nikita Khrouchtchev s'était engagé à restituer les deux plus petites îles -Shikotan et Habomai- en échange de la conclusion d'un traité de paix.

Bien que relancées après la chute de l'URSS en 1991, les négociations n'ont jamais abouti.

- Minerais, poisson et armée -

Même si leur population actuelle ne dépasse pas 17.000 personnes, selon les statistiques officielles, ces îles sont "importantes à tous points de vue", assure à l'AFP Valéri Kistanov, responsable du Centre d'études japonaises auprès de l'Institut russe de l'Extrême-Orient.

"Elles sont très riches en eaux thermales, en minerais et en métaux rares comme le rhénium", utilisé pour la fabrication des moteurs d'avions supersoniques, explique-t-il.

"Mais la plus grande richesse" de ces îles, où des courants chauds rencontrent des courants froids, favorisant le développement du plancton, "ce sont d'immenses réserves de poisson", précise M. Kistanov.

Du point de vue "stratégique", contrôlant l'accès permanent à l'océan Pacifique pour les bâtiments de guerre et les sous-marins russes basés à Vladivostok, grâce à un détroit entre Kounachir et Itouroup qui ne gèle pas en hiver, les îles protègent en même temps la mer d'Okhotsk contre une éventuelle intervention de sous-marins étrangers, souligne-t-il.

"C'est pourquoi l'armée russe est contre toute concession territoriale, surtout concernant Itouroup et Kounachir", explique à l'AFP James Brown, expert britannique qui enseigne à l'Université Temple au Japon.

L'idée d'une exploitation commune des Kouriles fait depuis des années l'objet de discussions entre Moscou et Tokyo, mais les experts restent pour l'heure sceptiques quant à leur chance d'aboutir.

"On peut exploiter les îles ensemble, mais sous quelle juridiction?", s'interroge ainsi l'analyste russe Fiodor Loukianov, en qualifiant l'idée de "fantaisiste".

Si les sociétés japonaises, invitées à investir dans les Kouriles, acceptent d'agir là-bas sous juridiction russe, "cela serait une reconnaissance tacite de la souveraineté de la Russie sur ces îles. Et c'est un problème", renchérit James Brown.

uh-mp/nm/kat/ol

HERACLES