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13/12/2016 01:31 EST | Actualisé 14/12/2017 00:12 EST

Italie/migrants: verdict attendu mardi après le naufrage de plus de 800 morts

La justice italienne doit rendre mardi en début d'après-midi son verdict après le naufrage d'un chalutier dans lequel plus de 800 migrants ont trouvé la mort en avril 2015, la pire tragédie de ces dernières décennies en Méditerranée.

Deux survivants, le Tunisien Mohammed Ali Malek, 28 ans, et le Syrien Mahmoud Bikhit, 26 ans, comparaissent devant le tribunal de Catane (Sicile): ils sont accusés d'avoir été le capitaine et le second du chalutier.

A l'issue d'un procès mené selon une procédure accélérée, avec des audiences espacées et souvent à huis clos, dans la quasi-indifférence des médias italiens, le parquet a requis 18 ans de prison et 3 millions d'euros de dommages contre M. Malek et six ans de prison contre M. Bikhit.

Mardi matin, parquet et défense devaient présenter leurs derniers arguments, avant un verdict attendu en début d'après-midi.

Les deux accusés ont réfuté toute responsabilité dans le drame, affirmant n'avoir été que des migrants parmi les autres.

Il y a "passeur et passeur. La plupart du temps ce sont des migrants désignés sur le moment. On leur donne un téléphone satellitaire, une boussole et on leur interdit sous peine de mort de faire demi-tour", avait expliqué à l'AFP l'avocat de M. Malek, Me Massimo Ferrante.

Mais selon les autres survivants, M. Malek était à la barre lorsque le bateau bleu de moins de 30 mètres, parti de Libye le 18 avril 2015 au matin, avait chaviré et coulé la nuit suivante, sous les yeux horrifiés de l'équipage du "King Jacob", un cargo portugais envoyé à son secours.

Selon le parquet, les manoeuvres erratiques de M. Malek ont fortement contribué au chavirage du bateau, qui a semble-t-il percuté le "King Jacob" à plusieurs reprises.

- Plus de 5 par m2 -

Me Ferrante a plusieurs fois réclamé que les manoeuvres du cargo portugais soient également examinées, mais le parquet de Catane a rapidement exonéré son équipage de toute responsabilité.

Il n'y a eu que 28 survivants, dont les récits glaçants ont provoqué une vague d'indignation et poussé l'Union européenne à renforcer de manière significative sa présence au large de la Libye, où patrouillent désormais jusqu'à une dizaine de navires militaires européens.

A la suite d'une promesse du chef du gouvernement de l'époque, Matteo Renzi, la marine italienne a renfloué fin juin l'épave du chalutier qui gisait à environ 370 mètres de profondeur, une opération délicate qui a coûté 10 millions d'euros et a permis un macabre décompte.

Outre 24 victimes retrouvées la nuit du drame, la marine italienne a récupéré 219 corps autour de l'épave. Et après le renflouement, les pompiers ont rempli 458 sacs mortuaires, souvent avec des restes de plusieurs personnes. Selon les experts, le total devrait atteindre 800 à 900 morts.

En annonçant ces chiffres en octobre, Vittorio Piscitelli, commissaire extraordinaire pour les personnes disparues en Italie, s'était indigné: "Comment a-t-il été possible de mettre jusqu'à 900 personnes là-dedans ! Ils ne pouvaient pas arriver vivants".

Les pompiers ont raconté avoir découvert des corps "entassés comme dans les trains pour Auschwitz", à 5 par m2 dans la cale, la salle des machines et même le puits de la chaîne d'ancre à l'avant.

- Un sachet de terre en souvenir -

Des documents retrouvés dans les poches des morts montrent qu'ils venaient du Soudan, de Somalie, du Mali, de Gambie, d'Ethiopie, du Sénégal, de Côte d'Ivoire, d'Erythrée, de Guinée Bissau et du Bangladesh.

Signe du déchirement que représentent ces migrations, l'un d'entre eux avait avec lui un petit sachet contenant de la terre de son pays.

Les corps sont désormais enterrés dans des cimetières de Sicile, après un relevé minutieux de tous les éléments pouvant aider leurs proches à les identifier: échantillons ADN, documents, vêtements, tatouages, cicatrices...

Le drame n'a cependant dissuadé ni les migrants ni surtout les passeurs en Libye, qui ont continué à envoyer des bateaux tout aussi surchargés. Depuis avril 2015, plus de 300.000 migrants sont arrivés en Italie et près de 7.000 sont morts ou disparus en Méditerranée.

Mardi matin, à moins de 2 km du tribunal, 678 migrants secourus dimanche au large de la Libye ont débarqué à Catane.

fcc/pt