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13/12/2016 07:48 EST | Actualisé 13/12/2016 07:49 EST

L'ONU s'alarme de l'exécution présumée de civils à Alep

L'ONU s'est alarmée mardi de l'exécution présumée par des supplétifs du régime syrien de dizaines de dizaines de civils, dont des enfants, dans la ville d'Alep que l'armée est sur le point de conquérir totalement.

Soumis depuis quatre semaines à de violents bombardements aériens et d'artillerie, les rebelles ont perdu la quasi-totalité de leur ancien bastion d'Alep-Est et sont cantonnés, avec des dizaines de milliers de civils, notamment dans le grand quartier d'al-Machad.

Alors que le régime est sur le point de remporter sa plus grande victoire depuis le début du conflit en 2011, l'ONU s'est publiquement inquiétée d'informations faisant état de dizaines de civils tués par des forces pro-régime dans au moins quatre quartiers repris par l'armée.

"Hier soir, nous avons reçu des informations indiquant que des forces pro-gouvernementales avaient tué au moins 82 civils, dont 11 femmes et 13 enfants, dans les quartiers de Boustane al-Qasr, Ferdous, Kallassé et Salhine", a annoncé à Genève le porte-parole du Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme, Rupert Colville.

Il a précisé que, d'après de "multiples sources dignes de foi", "des forces pro-gouvernementales ont pénétré dans des habitations et tué les civils qui s'y trouvaient, y compris les femmes et les enfants".

'Assassinats de sang-froid'

Selon ces mêmes informations, "des dizaines de civils ont été abattus par balles lundi sur la place al-Ahrar dans le quartier de Kallassé et aussi dans le quartier de Boustane al-Qasr, par les forces gouvernementales et leurs alliés, dont apparemment le groupe armé irakien al-Nujabaa".

Le secrétaire général Ban Ki-moon s'était déjà alarmé lundi d'informations faisant état d'atrocités "contre un grand nombre" de civils.

Le chef du groupe de travail sur l'aide humanitaire en Syrie, Jan Egeland, a également dénoncé "les atrocités commises par les milices victorieuses à Alep". "Les gouvernements de Syrie et de Russie sont tenus responsables", a-t-il martelé sur Twitter.

En écho à ces inquiétudes, le chef de la diplomatie française, Jean-Marc Ayrault, a dénoncé mardi la "logique de vengeance et de terreur systématique" du régime syrien à Alep.

"De nombreuses allégations d’exactions commises par les forces favorables au régime de Bachar Al Assad nous parviennent: assassinats de sang froid de familles entières au motif qu’elles seraient réputées proches de l’opposition; exécutions sommaires, notamment de femmes et d’enfants", a-t-il dit dans un communiqué.

Il a évoqué des "personnes brûlées vives dans leurs maisons; ciblage systématique des hôpitaux, de leur personnel et de leurs patients".

Les civils restés dans la poche rebelle ne cachaient pas leur profonde angoisse.

"Notre sort est scellé. Pourquoi nous cacher? Cela ne nous fera aucun bien. Nous allons mourir ou nous serons arrêtés", a déclaré lundi soir à l'AFP Ibrahim Abou al-Leith, le porte-parole des Casques Blancs, l'organisation des secouristes qui opère dans les quartiers de la rébellion.

'Pris au piège'

L'armée syrienne et les forces étrangères qui la soutiennent contrôlent plus de 90% d'Alep-Est et menaient mardi des opérations de ratissage sans avoir effectué de nouvelles percées majeures, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

"Il y a des dizaines de corps dans les rues à cause des bombardements intenses menés par les forces du régime. Nous n'avons pas de confirmation concernant les exécutions", a précisé son directeur, Rami Abdel Rahmane.

Le Comité international de la Croix-rouge (CICR) a appelé toutes les parties à "épargner les vies humaines" à Alep, où "les vies de milliers de civils sont en danger".

La télévision d'Etat syrienne a diffusé des images filmées dans les quartiers repris aux rebelles: un paysage de désolation, de ruines et de gravats à perte de vue sous une pluie fine.

Quittant cette zone, plusieurs centaines d'hommes et de femmes de tout âge, formaient une file sans fin et avançaient à petits pas, certains emmitouflés dans des couvertures ou des manteaux, portant leurs enfants en bas âge et leurs maigres possessions dans des sacs en plastique.

La reprise totale d'Alep, divisée depuis 2012, va permettre au régime de contrôler les cinq plus grandes villes de Syrie, avec Homs, Hama, Damas et Lattaquié. Un revirement qui n'aurait pas été possible sans le précieux soutien de Moscou, allié indéfectible de Damas.

Engagée en Syrie depuis septembre 2015, l'armée russe a ainsi mené quatre semaines de bombardements particulièrement meurtriers et destructeurs sur Alep, qui ont préparé le terrain à cette victoire du régime.

Les rebelles ont commencé à céder du terrain lorsque l'armée, soutenue par des combattants iraniens et du Hezbollah libanais, a lancé son campagne foudroyante le 15 novembre.

En quatre semaines, cette opération militaire a coûté la vie à plus de 463 civils à Alep-Est selon l'OSDH, tandis que 130 civils étaient tués par des tirs rebelles dans l'ouest de la ville. Plus de 130.000 civils ont fui les quartiers Est.

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