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13/12/2016 06:14 EST | Actualisé 14/12/2017 00:12 EST

Des présidents africains en Gambie pressent Yahya Jammeh de quitter le pouvoir

Une mission de chefs d'Etat d'Afrique de l'Ouest est arrivée mardi en Gambie pour convaincre Yahya Jammeh de reconnaître définitivement sa défaite à l'élection présidentielle et céder le pouvoir, afin de sortir son pays d'une période lourde de périls.

Dans une apparente manifestation de la persistance de son autorité, la police a fermé les locaux de la Commission électorale indépendante avant l'arrivée de la délégation, a indiqué à l'AFP Alieu Momar Njie le président de cette commission, qui a déclaré l'opposant Adama Barrow vainqueur du scrutin présidentiel du 1er décembre.

La communauté internationale a insisté sur les enjeux de cette mission, qualifiée de "dernière chance" par la diplomatie sénégalaise, après la déclaration télévisée de M. Jammeh le 9 décembre revenant sur la reconnaissance de sa défaite et réclamant un nouveau vote.

La délégation de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao), conduite par le chef d'Etat libérien Ellen Johnson Sirleaf, présidente en exercice de la Cédéao, et comprenant ses homologues nigérian Muhammadu Buhari, ghanéen John Dramani Mahama et sierra-léonais Ernest Bai Koroma, est arrivée peu avant 12H00 GMT.

Ils ont été accueillis à l'aéroport par la vice-présidente Isatou Njie-Saidy. Le représentant spécial de l'ONU en Afrique de l'Ouest, Mohamed Ibn Chambas, devait également participer à la mission.

"J'espère que nous pourrons parler et que la volonté du peuple prévaudra", a déclaré Mme Sirleaf aux journalistes.

Selon un communiqué de la présidence nigériane, M. Buhari et la délégation "vont discuter de l'impasse actuelle avec le président Jammeh" en lui demandant de "préserver l'inviolabilité d'un processus électoral qui s'est achevé et dans lequel il avait reconnu sa défaire et félicité son principal adversaire".

Ils ont également prévu de rencontrer le président M. Barrow.

- 'Commandant en chef Jammeh' -

Le chef d'état-major, le général Ousman Badjie, dont M. Barrow avait affirmé la semaine dernière avoir reçu l'assurance de son appui en tant que président élu, est arrivé aux discussions en portant sur son uniforme un badge du chef de l'Etat sortant, affirmant qu'il soutenait "le commandant en chef, le président Yahya Jammeh".

L'ambassadrice américaine à l'ONU, Samantha Power, a affirmé lundi qu'il s'agissait d'un "moment très dangereux" pour ce petit pays de moins de deux millions d'habitants, en raison notamment du soutien dont jouit encore le président sortant dans l'armée.

En cas d'échec de la "diplomatie préventive" que représente la mission de mardi, la Cédéao "envisagera des décisions plus draconiennes", a indiqué le président de la Commission de l'organisation régionale, Marcel Alain de Souza, à la radio française RFI, sans écarter l'option militaire.

L'opposition, enhardie par les pressions internationales, a sommé lundi Yahya Jammeh de céder immédiatement le pouvoir en renonçant à contester les résultats de l'élection.

"Tout comme j'ai loyalement accepté les résultats, en croyant que la Commission électorale était indépendante, honnête et fiable, je les rejette dans leur totalité", avait affirmé M. Jammeh le 9 décembre, en dénonçant des "erreurs inacceptables" commises par les autorités électorales.

Le personnel de la Commission s'est vu interdire mardi l'accès aux locaux, sans explication, a déclaré à l'AFP son président. "Je suis allé au travail ce matin mais des policiers m'ont empêcher d'entrer", a affirmé M. Njie, précisant que tout le personnel avait dû repartir.

L'opposition a indiqué craindre que le recours devant la Cour suprême projeté par M. Jammeh ne lui permette de se maintenir en place au-delà de la fin de son mandat, prévue en janvier, après 22 ans de pouvoir sans partage.

"Je pense qu'il devrait démissionner maintenant", a déclaré M. Barrow à l'AFP.

"Il a perdu l'élection, nous ne voulons pas perdre de temps", a-t-il ajouté.

De plus, la Cour suprême n'étant plus au complet, désigner de nouveaux juges entraînerait inévitablement des délais supplémentaires, selon l'opposition, qui dénie de toute façon ce pouvoir au président sortant.

La saisine de la Cour doit intervenir dans les dix jours suivant la proclamation des résultats, mais lundi étant férié, ce recours devrait être déposé mardi, selon des juristes.

Faute de juges pour siéger à la Cour suprême depuis mai 2015, "il n'existe en Gambie aucun mécanisme légal légitime pour statuer sur le recours électoral du président sortant", a estimé lundi l'Ordre des avocats, l'appelant à "céder immédiatement le pouvoir".

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