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13/12/2016 02:07 EST | Actualisé 14/12/2017 00:12 EST

Des présidents africains en Gambie pour presser Yahya Jammeh de quitter le pouvoir

Une mission de chefs d'Etat d'Afrique de l'Ouest était attendue mardi en Gambie pour convaincre Yahya Jammeh de reconnaître définitivement sa défaite à l'élection présidentielle et céder le pouvoir, afin de sortir son pays d'une période lourde de périls.

La communauté internationale a insisté sur les enjeux de cette mission, qualifiée de "dernière chance" par une source diplomatique sénégalaise, après la déclaration télévisée de M. Jammeh vendredi soir revenant sur la reconnaissance de sa défaite au scrutin du 1er décembre face à l'opposant Adama Barrow et réclamant un nouveau vote.

L'ambassadrice américaine à l'ONU, Samantha Power, a affirmé lundi qu'il s'agissait d'un "moment très dangereux" pour ce petit pays de moins de deux millions d'habitants, en raison notamment du soutien dont jouit encore le président sortant au sein de l'armée.

En cas d'échec de la "diplomatie préventive" que représente la mission de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao) mardi, celle-ci "envisagera des décisions plus draconiennes", a indiqué le président de la Commission de l'organisation régionale, Marcel Alain de Souza, à la radio française RFI, sans écarter l'option militaire.

La délégation, conduite par le chef d'Etat libérien Ellen Johnson Sirleaf, présidente en exercice de la Cédéao, comprend notamment ses homologues nigérian Muhammadu Buhari, sierra-léonais Ernest Bai Koroma et le représentant spécial de l'ONU en Afrique de l'Ouest, Mohamed Ibn Chambas, selon un communiqué de la présidence libérienne.

Le président ghanéen John Dramani Mahama, qui a lui-même reconnu la semaine dernière sa défaite électorale dans son pays, participe également à la mission, selon des sources diplomatiques.

"Il est inacceptable de rejeter le résultat d'une élection", a déclaré à l'AFP à Monrovia le ministre libérien de l'Information Eugene Nagbe avant le départ de Mme Sirleaf. "Le message de la présidente Sirleaf et de sa délégation sera donc qu'il doit accepter les résultats et permettre une transition en douceur".

- 'Pas perdre de temps' -

L'opposition, enhardie par les pressions internationales, a sommé lundi Yahya Jammeh de céder immédiatement le pouvoir en renonçant à contester les résultats de l'élection présidentielle.

Elle a indiqué craindre que le recours devant la Cour suprême projeté par M. Jammeh ne lui permette de se maintenir en place au-delà de la fin de son mandat, prévue en janvier, après 22 ans de pouvoir sans partage.

"Je pense qu'il devrait démissionner maintenant", a déclaré M. Barrow à l'AFP.

"Il a perdu l'élection, nous ne voulons pas perdre de temps", a-t-il ajouté, soulignant que la Cour suprême n'était plus au complet et que désigner de nouveaux juges entraînerait inévitablement des délais supplémentaires.

L'opposition lui dénie en outre "le pouvoir constitutionnel, dans les derniers jours de sa présidence, de nommer des juges à la Cour suprême à la seule fin de recevoir son recours", a prévenu un de ses porte-parole, Mai Fatty.

La saisine de la Cour doit intervenir dans les dix jours suivant la proclamation des résultats, mais lundi étant férié, ce recours devrait être déposé mardi, selon des juristes.

Faute de juges pour siéger à la Cour suprême depuis mai 2015, "il n'existe en Gambie aucun mécanisme légal légitime pour statuer sur le recours électoral du président sortant", a estimé l'Ordre des avocats dans un communiqué, l'appelant à "céder immédiatement le pouvoir".

Dans sa déclaration vendredi, M. Jammeh a assuré que "l'intervention de puissances étrangères ne changerait rien", prévenant qu'il ne tolérerait aucune protestation dans les rues.

"Tout comme j'ai loyalement accepté les résultats, en croyant que la Commission électorale était indépendante, honnête et fiable, je les rejette dans leur totalité", avait-il affirmé vendredi, en dénonçant des "erreurs inacceptables" commises par les autorités électorales.

Mais le président de la Commission électorale, Alieu Momar Njie, a assuré de la bonne foi de son institution. "Nous ne dissimulions aucune erreur", a-t-il dit à l'AFP au sujet de la rectification effectuée le 5 décembre, réaffirmant que ces résultats révisés avaient été acceptés par toutes les parties concernées.

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