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08/12/2016 09:54 EST | Actualisé 09/12/2017 00:12 EST

USA: la vidéo fait son entrée au procès de Dylann Roof

Le procès de Dylann Roof, qui a perpétré en 2015 la pire tuerie raciste de l'histoire récente des Etats-Unis, s'est déplacé jeudi sur le terrain de la preuve matérielle, les enquêteurs montrant notamment aux jurés des images de vidéosurveillance de l'église ensanglantée.

Les paroissiens affluaient un à un dans l'Emanuel African Methodist Episcopal Church de Charleston en Caroline du Sud, une église emblématique de la lutte des Noirs contre l'esclavage, lorsque Dylan Roof, partisan de l'apartheid convaincu de la supériorité de la race blanche, s'est présenté à son tour.

Ce soir du 17 juin 2015, l'une des trois caméras de vidéosurveillance, celle placée au-dessus de l'embrasure de la porte d'entrée, filme un jeune homme blanc à la coupe au bol sortir de sa Hyundai Elantra noire, vers 20H17. Il porte un pull gris.

Sur les images montrées au deuxième jour d'audience par Daniel English, sergent de police à Charleston chargé de l'enquête à l'époque, on le voit ressortir sans hâte à 21H07, regardant à droite et à gauche, pistolet Glock à la main, avant de s'engouffrer dans son véhicule.

Des cinquante minutes que Dylann Roof a passées à l'intérieur, il en a patienté une trentaine en compagnie des fidèles, auxquels il assure vouloir participer à la séance d'étude de la Bible.

Puis en pleine lecture, il se lève et fait feu plus de 70 fois pour abattre neuf Noirs, laissant seulement trois rescapés.

Signe du chaos semé par le jeune homme de 22 ans, une enquêtrice a affirmé jeudi que les forces de l'ordre ont été à court de balises pour marquer chaque élément de preuve, comme des cartouches, des balles, des douilles et autres effets personnels jonchant le sol.

- Perpétuité ou peine de mort ? -

L'objectif, selon le procureur Jay Richardson, de cet attentat "raciste" qui avait choqué l'Amérique et qu'il estime minutieusement préparé, était d'engendrer une guerre raciale dans un pays déjà profondément divisé.

Les jurés, les familles des victimes, ainsi que Dylann Roof, présent jeudi dans la salle d'audience en pull noir et toujours la même coupe de cheveux, ont par ailleurs regardé des photos de la scène du crime, "particulièrement dérangeantes" selon les termes du juge Richard Gergel.

A l'issue de ce procès devant la justice fédérale qui pourrait s'étaler jusqu'à début 2017, le jury de 18 personnes composé à 67% de Blancs devra déterminer le sort de ce solitaire au visage juvénile. La principale question est de savoir s'il écopera d'une peine de prison à perpétuité ou de la peine capitale.

Le procureur, lui, a déjà assuré qu'il requerrait la mort.

Quant à Dylann Roof, il a confirmé par écrit qu'il plaidait "non coupable" de ces crimes et a prévu d'assurer en partie lui-même sa défense lors des débats.

Chez lui, les enquêteurs avaient notamment retrouvé des croix gammées et autres références nazies.

Après une première journée de procès empreinte d'une grande émotion, celle de jeudi a laissé place aux témoignages des membres des forces de l'ordre et d'enquêteurs, sur des aspects souvent techniques.

Cette journée s'est ouverte sur une demande d'annulation du procès par les avocats de l'accusé après le passage à la barre d'une survivante mercredi.

Cette dernière, qui a vu mourir son fils sous ses yeux, a dit aux jurés qu'il "n'y a pas de place pour (Dylann Roof) sur Terre". Il a sa place "au fin fond de l'enfer", a-t-elle ajouté, en sanglots.

Elle a ainsi donné son avis sur la sentence qui devrait être réservée à Dylann Roof, ce qui est interdit, ont dénoncé en substance ses conseils.

Le juge Richard Gergel a rejeté la demande, estimant que le témoignage était "pertinent" et qu'il relevait davantage du "commentaire religieux que d'une décision sur la sentence". Elle avait notamment décrit Dylann Roof comme "le diable".

sha/faa