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08/12/2016 09:58 EST | Actualisé 09/12/2017 00:12 EST

Négociations politiques de la dernière chance en RDC : mode d'emploi

Le dialogue politique de la dernière chance lancé jeudi à Kinshasa doit permettre de débattre en petit comité de quelques pommes de discordes congolaises comme l'avenir du président Joseph Kabila, la date de la présidentielle et l'organisation de la période de transition à venir.

L'enjeu des négociations conduites par l'Église catholique est de trouver un accord permettant d'organiser une transition jusqu'à l'élection du successeur du chef de l'État, au pouvoir depuis 2001.

Le mandat de M. Kabila s'achève le 20 décembre et la Constitution lui interdit de se représenter, mais la non-tenue de la présidentielle dans les temps, dénoncée par avance depuis des mois par l'opposition, crée un climat politique délétère.

Les négociations doivent entrer dans le vif du sujet vendredi.

La cérémonie d'ouverture à peine terminée, les évêques ont dû faire face à un afflux de candidats aux discussions qui n'avaient pas été invités, imposant un exercice d'"harmonisation" des listes des participants.

Jusqu'à 19h00 (18h00 GMT), les évêques étaient restés stricts sur la limite qu'ils ont imposée: quinze délégués pour chacune des deux délégations, ce petit nombre étant gage d'efficacité dans l'esprit de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco).

Les parties en présence sont d'un côté les partisans de l'accord politique d'octobre passé entre la majorité et la frange minoritaire de l'opposition autorisant M. Kabila à rester à la tête du pays après le 20 décembre, et de l'autre les détracteurs de ce marché, rassemblés autour de la figure d'Étienne Tshisekedi, opposant congolais historique.

- Six points de blocage -

La Cenco, qui dit avoir obtenu des concessions et des signes de bonne volonté des uns et des autres, a identifié six points de blocage empêchant la conclusion d'un accord politique :

1. La "compréhension du concept du respect de la Constitution et de ses implications en rapport avec la crise actuelle"

M. Kabila, âgé de 45 ans, ne donne aucun signe de vouloir abandonner le pouvoir. Il est soutenu en cela par nombre de ses partisans qui le présentent comme la seule personne à même de garantir la stabilité et la cohésion du pays, faisant craindre, à l'opposition que l'on cherche à modifier la Constitution pour lui permettre de se représenter.

Les détracteurs de l'accord d'octobre veulent obtenir des garanties que M. Kabila ne cherchera pas à se représenter.

2. "Le processus électoral : séquences, calendrier, financement des élections"

L'enjeu principal est la fixation de la date de la présidentielle. Le Rassemblement veut tenir le scrutin le plus vite possible, en 2017, alors que l'accord d'octobre a renvoyé l'élection a une date indéterminée, qui dans l'esprit du gouvernement, ne pourra pas intervenir avant avril 2018.

3. Le "fonctionnement des institutions pendant la période de la transition"

L'accord d'octobre permet à M. Kabila de rester à la tête du pays au-delà de la fin de son mandat et, en contrepartie, la mise en place d'un gouvernement d'union dirigé par un Premier ministre issu de l'opposition.

Selon Augustin Kabuya, porte-parole de l'UDPS, le parti de M. Tshisekedi, les opposants à l'accord seraient prêt à des "concessions majeures", comme d'accepter le principe d'une "cohabitation avec M. Kabila". Reste à déterminer dans ce cas les règles de fonctionnement de ce régime de transition.

4. Les "mesures de décrispation politique"

L'opposition demande la "libération des prisonniers politiques" et l'arrêt des poursuites contre l'opposant Moïse Katumbi, ex-allié de poids de M. Kabila passé à l'opposition en septembre 2015, aujourd'hui en exil.

Le pouvoir fait valoir que les poursuites contre M. Katumbi (condamné pour spoliation et visé par un procès pour atteinte à la sûreté de l'Etat) et plusieurs autres opposants relèvent du "droit commun" et qu'elles n'ont rien à voir avec la situation politique.

5 et 6. "Mécanismes de suivi de l'Accord politique" et "forme de compromis politique à trouver"

Ces deux derniers points d'ordre technique seront étudiés en cas de compromis sur les points précédents et visent à la bonne application à long terme de l'accord qui en découlera.

bmb/mj/jh