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08/12/2016 09:05 EST | Actualisé 09/12/2017 00:12 EST

Le régime syrien s'attaque au dernier carré rebelle à Alep

Les forces du régime syrien, appuyées par des combattants étrangers, s'attaquaient jeudi aux derniers quartiers rebelles d'Alep, dont la conquête représenterait "un tournant dans la guerre" selon le président Bachar al-Assad.

Fort de ses succès militaires et des soutiens cruciaux russe et iranien, le régime a refusé les appels à cesser le feu et veut coûte que coûte s'emparer de la totalité de la deuxième ville du pays, une prise qui constituerait sa plus importante victoire depuis le début de la guerre en 2011.

Les Russes et les Américains --qui appuient eux l'opposition syrienne-- ont échoué à se mettre d'accord sur une issue à Alep où les civils, assiégés depuis plus de quatre mois, sont soumis au déluge de feu du régime et manquent de tout.

Les chefs de diplomatie américaine John Kerry et russe Sergueï Lavrov n'ont ainsi fait aucun progrès après deux brèves rencontres informelles en Allemagne.

"Il n'y a pas eu de progrès ni de conclusion sur Alep", mais les efforts se poursuivront, a dit un responsable américain.

Face à l'avancée fulgurante des troupes prorégime engagées depuis le 15 novembre dans une offensive, les rebelles sont désormais acculés dans les derniers secteurs sud de la partie orientale d'Alep avec des dizaines de milliers de civils pris au piège.

L'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) a fait état de violents tirs d'artillerie et de raids jeudi dans les quartiers de Soukkari, Boustane al-Qasr et Kalassé (sud).

A Kallassé, le correspondant de l'AFP a vu des gens s'enfuir, terrifiés, après la chute d'un baril d'explosifs dans la rue.

Après avoir repris la Vieille ville, l'armée, appuyée au sol de combattants iraniens et du Hezbollah libanais, contrôle désormais plus de 85% des quartiers rebelles à Alep-Est, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

- 'Tournant dans la guerre'-

Les rebelles, qui contrôlent l'est de la ville depuis 2012, répliquent en tirant des dizaines de roquettes sur les quartiers gouvernementaux de l'ouest de la ville septentrionale.

Ecartant un cessez-le-feu, M. Assad a estimé qu'une reprise d'Alep par ses forces constituerait "un tournant dans la guerre", dans un entretien au journal syrien Al-Watan.

Alep est le principal front du conflit qui a fait depuis mars 2011 plus de 300.000 morts et poussé à la fuite plus de la moitié de la population syrienne.

Depuis le début de l'offensive à Alep, 384 civils ont été tués, dont au moins 45 enfants, à Alep-Est, selon l'OSDH. 105 civils, dont 35 enfants, l'ont été à Alep-Ouest.

Au fur et à mesure que l'armée traque les rebelles dans la partie Est, les inquiétudes grandissent sur la situation humanitaire.

Le chef du groupe de travail sur l'aide humanitaire en Syrie, Jan Egeland, a renouvelé jeudi son appel à un cessez-le-feu immédiat.

"Ceux qui (...) essayent de s'enfuir sont pris dans des échanges de tirs, dans des bombardements et risquent d'être la cible de tireurs isolés", a-t-il dit.

- Aide russe cruciale -

"Plusieurs centaines d'enfants, malades et blessés (...) doivent sortir" d'Alep-Est, a-t-il ajouté.

Les Casques Blancs, les secouristes opérant dans les secteurs rebelles à Alep-Est, ont lancé un appel désespéré aux organisations internationales pour qu'elles les protégent en leur assurant un passage sûr.

"S'ils ne sont pas évacués, nos volontaires risquent la torture ou l'exécution dans les centres de détention du régime", ont-ils ajouté en s'adressant au Comité international de la Croix-Rouge (CICR), à l'ONU et au Conseil de sécurité.

L'intensité des combats a accéléré l'exode de la population et 80.000 personnes ont fui Alep-Est depuis le 15 novembre, selon l'OSDH.

La grande majorité a trouvé refuge dans des secteurs aux mains des forces gouvernementales, comme Abdel Hamid qui, avec sa femme et ses dix enfants a fini par quitter son quartier de Salhin, repris par l'armée.

"J'ai perdu ma maison (...) mais j'ai garanti la vie de mes enfants", se félicite-t-il, alors que les combats se poursuivent dans les quartiers rebelles voisins du sien.

Mais de nombreux civils restent bloqués dans les secteurs encore aux mains des rebelles et un responsable du groupe rebelle Noureddine al Zinki, Yasser Youssef, a accusé "les Russes de faire obstacle à tous les efforts internationaux" en vue de l'évacuation des civils d'Alep-Est.

Fidèle alliée du régime, la Russie est intervenue militairement en septembre 2015 en Syrie aidant les troupes de M. Assad à inverser la situation et à enregistrer des succès.

La perte d'Alep constituerait pour les insurgés leur pire défaite depuis 2011: ils ne contrôleraient alors plus que la province d'Idleb (nord-ouest), voisine de celle d'Alep, et quelques poches près de Damas et dans le sud du pays.

Impuissante, l'opposition syrienne en exil a accusé dans un communiqué la communauté internationale de faillir à ses responsabilités, face au "bain de sang" à Alep.

Déclenchée en mars 2011 par la répression de manifestations pacifiques réclamant des réformes, la guerre en Syrie s'est complexifiée avec l'implication des puissances étrangères et des jihadistes sur un territoire de plus en plus morcelé.

bur-sah/vl/iw