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08/12/2016 01:59 EST | Actualisé 09/12/2017 00:12 EST

La Chine s'ouvre davantage aux investisseurs, pressée par la fuite des capitaux

La Chine va faciliter les investissements étrangers dans de nouveaux secteurs, tout en mettant le holà aux méga-acquisitions de ses entreprises à l'étranger: Pékin cherche la martingale pour juguler une hémorragie de capitaux, quitte à bloquer les fonds de firmes occidentales.

Des restrictions drastiques imposées aux investisseurs étrangers pourraient être sélectivement assouplies, a indiqué mercredi soir la puissante agence chinoise de planification économique (NDRC).

L'inventaire des secteurs concernés est vaste: électronique, batteries automobiles, équipements ferroviaires, agriculture, chimie, parcs d'attraction et golfs, fabrication de motos... où les firmes étrangères restaient bannies ou étroitement encadrées.

La presse d'Etat insistait jeudi sur la nécessité d'attirer davantage de capitaux et technologies étrangères dans un secteur manufacturier à la peine, en particulier dans les énergies alternatives et véhicules électriques.

Au total, seuls 62 secteurs figureraient désormais dans la liste "négative" des domaines où les investissements étrangers sont interdits ou limités, contre 95 l'an dernier.

Mais le principe même de cette liste reste dénoncé par Bruxelles et Washington, prompts à fustiger des inégalités de traitement. Et cette "libéralisation" précipitée semble avant tout motivée par la nécessité d'enrayer la fuites des capitaux.

- Fièvre 'irrationnelle' -

Celles-ci ont atteint 1.000 milliards de dollars en 2015, selon l'agence Bloomberg, et s'intensifient cette année. Contournant les contrôles, épargnants et firmes chinoises, inquiets d'une conjoncture locale morose, se réfugient vers des placements plus sûrs et rémunérateurs à l'étranger.

"Les autorités allaient de toute façon assouplir les restrictions imposées aux investisseurs étrangers. Mais elles ont avancé le calendrier, parce qu'elles ont impérieusement besoin d'argent pour modérer la saignée des réserves de change", indique à l'AFP Liao Qun, économiste de Citic Bank International.

Pour soutenir le cours du yuan, mis à mal par l'hémorragie de capitaux et au plus bas depuis huit ans, Pékin puise abondamment dans ses réserves de change: celles-ci ont plongé de 69 milliards de dollars en novembre.

Les autorités entendent donc gonfler les investissements vers la Chine, ce qui leur garantirait au moins un afflux de devises.

Mais en sens inverse, le régime communiste a entrepris de freiner la flambée des méga-acquisitions chinoises à travers le monde.

Hors secteur financier, les investissements chinois ont atteint 146 milliards de dollars sur les 10 premiers mois de 2016 (+53% sur un an).

Dans un communiqué sévère, le ministère du Commerce a tancé mardi "la récente tendance aux investissements irrationnels à l'étranger", notamment dans "l'immobilier, l'hôtellerie, le cinéma et le sport".

Selon plusieurs médias financiers, Pékin envisage d'interdire la plupart des investissements hors de Chine au-delà de 10 milliards de dollars. Les acquisitions supérieures au milliard de dollars qui sortiraient des "activités fondamentales" du groupe concerné seraient également bannies.

- Climat 'imprévisible' -

Les autorités sont d'autant plus enclines à mettre le holà que ces transactions sont souvent réalisées à crédit -- alors que la dette chinoise (privée et publique) s'envole déjà à 250% du PIB.

Mais c'est surtout, là encore, un moyen de limiter des sorties de capitaux jugées très accessoires.

Il faut dire que ces acquisitions n'oublient aucun secteur: du football au cinéma, des technologies high-tech à l'application de rencontres gay Grindr, avec des montants parfois vertigineux et des visées parfois peu stratégiques.

Autres victimes du durcissement des contrôles de capitaux: les entreprises étrangères déjà installées en Chine.

Pékin a mis en place la semaine dernière de nouvelles règles leur imposant l'obtention d'un feu vert officiel pour des virements vers l'étranger excédant 5 millions de dollars, a indiqué à l'AFP la Chambre de commerce de l'Union européenne en Chine --contre 50 millions précédemment, selon d'autres sources.

Au risque pour les entreprises "de voir leurs fonds bloqués en Chine", a noté l'institution. "Cela exacerbe les incertitudes et l'imprévisibilité de l'environnement économique chinois", soupire Jörg Wuttke, président de la Chambre de commerce.

Surtout, de telles mesures pourraient ne retenir qu'un filet de fonds sans arrêter le torrent.

"Des contrôles de capitaux renforcés pourraient s'avérer très partiellement efficaces", insiste Marie Diron, analyste de l'agence de notation Moody's.

Selon elle, "l'hémorragie devrait ainsi s'intensifier l'an prochain, avec le relèvement des taux américains qui rendra les placements aux Etats-Unis plus attractifs (...), l'essoufflement persistant de l'économie chinoise et l'affaiblissement du yuan".

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