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07/12/2016 20:45 EST | Actualisé 08/12/2017 00:12 EST

L'Amérique centrale unit ses forces pour combattre les gangs

Armando sait combien vaut sa vie : 90 dollars. C'est ce que ce chauffeur de bus à la frontière entre le Salvador et le Honduras doit payer tous les mois à la Mara Salvatrucha, l'un des puissants gangs qui sévissent en Amérique centrale.

Guatemala, Honduras et Salvador constituent le "Triangle du nord", tristement célèbre pour ses records de criminalité. Les "maras" - comme on appelle ici les gangs - font régner la terreur dans cette région sans guerre qui affiche le taux d'homicide le plus élevé du monde.

Ces trois pays ont enregistré 17.422 homicides en 2015, dont la plupart sont attribués aux quelque 70.000 "pandilleros" (membres de gangs).

"Si vous ne payez pas, on vous tue, tout simplement", explique à l'AFP cet homme de 35 ans, alors que des soldats honduriens postés à un barrage font descendre sa vingtaine de passagers pour les fouiller.

"A présent, nous pouvons compter sur eux", se réjouit Armando à propos de la force spéciale forte de près de 2.000 hommes mise en place le mois dernier par ces trois petits pays d'Amérique centrale pour combattre les bandes criminelles qui traversent les frontières.

Au Honduras, une opération a été déployée le long de la frontière de 374 km avec le Salvador et une autre à la limite avec le Guatemala, couvrant 246 km.

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Cette coopération est nécessaire, assurent les autorités, car les gangs vont d'un pays à l'autre pour faire passer clandestinement de la drogue, des armes ou des personnes, se jouant des législations nationales.

"Je n'en ai jamais transporté un. Mais j'ai entendu dire que les membres des gangs traversent la frontière" lorsqu'ils sont poursuivis dans leur pays, raconte Armando.

Les habitants de la zone sont plus explicites.

"Quand les criminels sont pris au piège à Tegucigalpa ou au Salvador, ils viennent par ici et nous apportent la violence, avec des vols à main armée, des enlèvements et des extorsions", raconte à l'AFP Gabriel Bautista, cultivateur de café de 82 ans, assis sur un banc dans un parc de Marcala, une ville du Honduras de 30.000 habitants.

Cette force tri-nationale comprend des militaires et des policiers agissant dans leurs territoires respectifs avec des échanges permanents d'informations, a récemment expliqué le chef de la police du Salvador Howard Cotto.

En revanche, il n'y aura pas de patrouilles communes, a-t-il précisé.

Dans ce cadre, 600 soldats opèrent au Honduras, contre un millier d'hommes au Salvador, militaires et policiers. Côté Guatemala, les effectifs de l'opération sont de 300 personnes.

En lançant cette force spéciale, ces trois pays veulent envoyer un signal à Washington : "ils sont décidés à combattre la violence et le trafic d'êtres humains, principale cause de l'immigration illégale aux Etats-Unis", où Donald Trump vient d'être élu à la Maison Blanche, souligne le criminologue salvadorien José Rivas.

Les Etats-Unis ont récemment adopté une aide destinée à la région de 750 millions de dollars. M. Rivas souligne que "les Etats-Unis ont demandé que ces pays améliorent leurs conditions (de sécurité) pour lutter contre l'immigration, sans quoi, il n'y aura pas de soutien financier".

Pendant la campagne, Donald Trump s'en est pris plus particulièrement aux Mexicains, les traitant de violeurs ou de trafiquants de drogue. Il a promis de construire un mur avec le Mexique et de renvoyer les sans-papiers, en commençant par ceux qui ont des casiers judiciaires.

De leur côté, les ONG de la région alertent sur la hausse du flux migratoire vers les Etats-Unis en provenance du "Triangle nord", depuis les menaces de M. Trump.

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